Nuits-Saint-Georges, bourgade située à mi-chemin entre Dijon et Beaune, et nom évocateur, qui renvoie à un vin célébré dans le monde entier. L’appellation éponyme, reconnue en 1936 n’est pas en effet, pas en reste avec ses quelques 307 hectares en production et ses 41 climats classés 1er cru. Nuits-Saint-Georges, vin prescrit par le médecin Guy-Crescent Fagon à notre roi soleil, pour sa goutte, remplaçant ainsi les Champagne trop acides pour le régime du monarque. Un cru qui aurait aussi été loué par les personnages du roman de Jules Vernes De la Terre à la lune et aurait ensuite reçu les faveurs des astronautes de la mission XV décidant de surnommer un cratère lunaire « Saint-Georges ». Pour autant paradoxalement cette appellation qui a aussi donné une partie de son nom à la Côte de Nuits ne compte aucun terroir distingué comme Grand Cru, tout en haut de la hiérarchie actuellement en vigueur en Bourgogne.

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Puissant et noble, dense et structuré, quand la densité compose avec la subtilité et l’élégance. Exprimer la force en conservant le charme, un défi à la hauteur de quelques nobles terres de vins Bourguignonnes. Quelques climats seulement qui bénéficient d’un environnement privilégié, de facteurs topographiques, géologiques et microclimatiques propices pour enfanter la grandeur. Dans cette liste restreinte, il est un pourtant un seigneur Nuiton vigoureux et distingué, le Nuits-Saint-Georges 1er cru les Saint-Georges. 7,5 hectares à l’extrême sud de la commune de Nuits-Saint-Georges, pour un vin qui pourrait être considéré comme le plus Nuiton des Nuitons, synthèse entre le fruit et la terre, entre la puissance tellurique et le charme acidulé du Pinot Noir.

 

Un 1er cru déjà planté de vigne, il y plus de 1000 ans d’après le Dr Jules Lavalle. Une donation faite par l’archidiacre d’Autun au Chapitre de Saint-Denis de Vergy mentionne déjà en effet, en 1023 les Saint-Georges, terroir déjà décrit comme le plus prisé et le plus qualitatif de la commune.

Pour André Jullien, en témoigne sa description dans sa Topographie de tous les vignobles connus (1815), c’est incontestablement le meilleur cru de la commune de Nuits, le seul d’ailleurs à être tout en haut de sa classification des climats Nuiton, à l’instar pour les communes voisines de la Romanée-Conti, de la Tâche, du Richebourg, de la Romanée-Saint-Vivant, du Clos Vougeot et du Chambertin. Une liste qui situe le prestige du terroir dans l’esprit de l’auteur. André Jullien compare même le caractère des Saint-Georges à celui du Chambertin, pour sa couleur, sa vigueur, son goût et son velouté.

Le Dr Denis Morelot vante lui aussi les qualités du climat dans La Vigne et le Vin en Côte d’Or (1831), notamment la qualité de son sol et son exposition parfaite, sud, sud-est. Il décrit le climat comme « supérieur à tous les autres » au sein de la commune de Nuits, ayant « plus de finesse, de bouquet et beaucoup plus de délicatesse ». Les Saint-Georges apparaît donc logiquement au sommet de sa hiérarchie des climats (basé sur des critères, topographiques, microclimatiques, géologiques, humains, etc.) en Tête de cuvée, dans une liste qui ne comprend au total que dix climats de l’actuelle Côte de Nuits.

Le Dr Jules Lavalle dans Histoire et statistique des grands vins de la Côte d’Or (1855), classera quant à lui les Saint Georges en Tête de cuvée avec 11 autres climats Nuitons aujourd’hui 1er cru, ce qui ne le distingue pas particulièrement. Pour autant, à y regarder de plus près, à la fin de son ouvrage, les Saint Georges est le seul terroir à bénéficier du statut de Tête de cuvée N°1 sur la commune.

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Les caractéristiques louées par ces illustres experts de la Bourgogne sont-elles légitimes ? Les Saint-Georges semblent en effet bénéficier d’une situation privilégiée. L’exposition, face au levant, qui favorise la montée en chaleur matinale sans faire souffrir la vigne en pleine période estivale en fin de journée. Une altitude idéale, entre 250 et 270 mètres au-dessus du niveau de la mer, en cœur de coteau comme les plus grands climats Bourguignons. Une structure de sol complexe, avec des argiles de couleur brune sur calcaires oolitiques du bathonien, calcaires de Premeaux ou Comblanchien, géologie qui garantit aussi une forte capacité de drainage.

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La dégustation ensuite qui vient confirmer, puisqu’un grand Nuits-Saint-Georges Les Saint-Georges – tels ceux produits par les domaines Thibault Liger Belair ou Henri Gouges – semble combiner, fort de tous ces facteurs, les heureuses caractéristiques de ses voisins immédiats : la puissance, le charnu, la richesse des Vaucrains, la subtilité, le velouté et le charme des Cailles.

 

Pourquoi le climat les Saint-Georges ne fait-il donc pas partie aujourd’hui de cette liste restreinte de 33 grands crus, alors que ses qualités intrinsèques semblaient l’y destiner ? Avoir 41 climats classés 1er cru sur l’appellation Nuits-Saint-Georges, sans aucune différentiation qualitative, officielle du moins, semble pour le moins étonnant, au vu des qualités énoncées ci-dessus et de l’appréciation unanime des experts. Qui plus est, les Saint-Georges vient agrémenter le nom de la commune la plus connue en terre Nuitonne. Partager son nom, avec la commune la plus proche, avec l’appellation village, à l’instar des Chambertin, Musigny, Romanée-Conti ou Romanée-Saint Vivant entres autres, un privilège généralement réservé aux Grands Crus. Il semblerait bien en effet que nos Saint-Georges méritaient les sommets.

Pourtant, à l’instar de la Grande Rue, reclassé Grand cru en 1992, les vignerons propriétaires dans le climat n’auraient à l’origine tout simplement pas postulé pour la reconnaissance suprême, ayant à l’époque peur de voir les niveaux d’imposition grimper. Une crainte quelque peu prémonitoire, au regard du prix du foncier et par conséquence indirecte du prix des vins aujourd’hui.

 

Quelques 14 propriétaires sur le climat ont, quoi qu’il en soit, entamé il y a quelques années les démarches pour que l’erreur initiale soit réparée et que le rang des Saint-Georges soit enfin reconnu officiellement. Une procédure de longue haleine pour obtenir le tampon de l’INAO, qui se heurte semble-t-il, entre autres, à des enjeux financiers. La légitimité de la démarche ne fait pas de doute, pourtant le sceau de la bureaucratie se fait attendre. Il faudrait vendre plus cher, pour légitimer le statut et un prix du foncier qui viendrait à encore augmenter ?

 

La qualité du terroir ne changera pas, quand bien même justice lui serait rendu et la mention sur l’étiquette serait amenée à évoluer. Alors régalons nous pour l’heure de ces Saint-Georges, 1er cru. Il sera peut-être bientôt temps de fêter l’ascension du climat dans la hiérarchie Bourguignonne avec quelques vieux flacons déjà grands dans le verre, et qui n’avaient pourtant pas eu la reconnaissance du rang.

 

Nuits-Saint-Georges, a small town located between Dijon and Beaune and above all an evocative name recalling a wine celebrated all around the world. The eponymous appellation, recognised in 1936, is indeed spoilt, with its 307 hectares in production and its 41 climats classified 1er cru. Nuits-Saint-Georges, a wine prescribed to our Sun King Louis XIV by its personal Doctor Guy-Crescent Fagon, to heal his gout, replacing the too acidic Champagnes for the monarch’s diet. A cru lauded by the heroes of Jules Verne’s novel From the Earth to the Moon and which consequently won the favours of the Apollo XV crew who named a moon crater “Saint-Georges”.

Yet, paradoxically, this appellation, which also gave a part of its name to the Côte de Nuits does not have any terroir on top of the current hierarchy in Burgundy, classified as Grand Cru.

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A powerful and noble, dense and structured nectar in which depth combines with subtlety and elegance. How to express the strength of wine, while conserving charm, a conceivable challenge for very few land of wine in Burgundy. A few climats which benefit from a privileged environment, from topographic geological and microclimatic factors favouring the birth of greatness. In this restricted list, you can find a Nuiton Lord, vigorous and racy, the Nuits-Saint-Georges 1er Cru Les Saint-Georges. 7,5 hectares, lying at the extreme South of the commune of Nuits-Saint-Georges. This wine could be considered as the most Nuiton of the Nuitons, as the synthesis between fruit and earth, between the telluric power and the tart-fruit charm of Pinot Noir.

 

A 1er cru already planted to vines, more than 1000 years ago, according to Dr Jules Lavalle. A donation made by the Archdeacon of Autun to the Chapter of Saint-Denis of Vergy already mentioned indeed, the Saint-Georges, in 1023, a terroir described as the most qualitative and sought after of the commune.

For André Jullien, who describes it in his Topographie de tous les vignobles connus (1815), it’s undoubtedly the best cru of the commune de Nuits and thus the only one to be on top of his classification of the climats Nuiton, like the Romanée Conti, la Tâche, the Richebourg or the Romanée-Saint-Vivant, the Clos Vougeot and the Chambertin, for the neighbouring communes. The list highlights the prestige of the terroir in the mind of the author. André Jullien even compares the Saint-Georges with the Chambertin, due to its colour, its vigour, its taste and its velvety texture.

Dr Denis Morelot also praised the quality of the climat in La Vigne et le Vin en Côte d’Or (1831), especially the quality of its soil and its perfect south south-east sun exposure. He described the terroir as « superior to all the others » within the commune of Nuits, having « more finesse, more bouquet, and much more delicacy ». Thus, les Saint-Georges appeared logically on top of his hierarchy of climats (based on topographic, microclimatic, geological, human, etc. criteria), as a Tête de Cuvée, in a list comprising only ten climats in the Côtes de Nuits.

Dr Jules Lavalle in Histoire et statistique des grands vins de la Côte d’Or (1855), in his text on Nuits-Saint-Georges, did not distinguish the Saint-Georges from 11 other 1er crus, all classified Tête de Cuvée. Yet, when you read the end of the book with more attention, the Saint-Georges was the only climat to obtain the status of Tête de cuvée N°1, for the commune of Nuits.

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Can we trust these Burgundy experts and are the characteristics of the Saint-Georges truly distinctive? The Saint-Georges seems indeed to benefit from a privileged situation. The exposure, facing the Levant, and thus favouring the increase of temperature in the morning while avoiding too much heat in the afternoon, in the middle of warm summers.  An ideal altitude, between 250 and 270 meters above sea level, in the heart of the slope like the best Burgundy climats. A complex structure of soil, with brown clay above oolitic limestone from the Bathonian along with Premeaux and Comblanchien limestone. A geology also imparting high drainage capacity to the terroir.

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Tasting, ultimately, coming as a confirmation. A great Nuits-Saint-Georges Les Saint-Georges – like those produced by the Domaine Thibault Liger Belair or Henri Gouges – indeed seem to combine, thanks to all these factors, the characteristics of its immediate neighbours: the power, flesh and richness of the Vaucrains, the subtlety, smoothness and charm of the Cailles.

 

Why then is the Saint Georges not part of the restricted list of 33 Burgundy Grands Crus, while its intrinsic qualities seem to justify such a rank? 41 climats 1er cru on the appellation Nuits-Saint-Georges, but not official qualitative ranking, it sounds very surprising, especially after discussing the qualities of the cru and taking a look at the unanimous appreciation of the experts. Furthermore, the Saint-Georges partly gives its name to one of the most if not the most prestigious commune in Nuiton land. Sharing your name with the nearest municipality, with the appellation village, like the Chambertin, Musigny, Romanée-Conti or Romanée-Saint-Vivant amongst others, is a privilege reserved to the Grands Crus. It seems indeed that our Saint-Georges deserved and still deserves the best.

Yet, like the Grande Rue, reclassified as Grand Cru in 1992, the vineyard owners in the climat did not apply for the supreme rank in the 1930s, because they feared to see the taxes increase dramatically – a prophetic concern, when you look nowadays at land prices and subsequently at wine prices.

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14 owners in the climat, however, decided to apply for the Grand Cru status a few years ago, so that the initial mistake can be repaired and that the rank of the Saint-Georges can, at last, be officially recognised. The long process to obtain the stamp of l’INAO, has not been successful so far, apparently because of financial stakes. If the legitimacy of the procedure makes no doubt, the wait for the seal of bureaucracy can be long. Selling at a higher price would be required, to justify a status and a land price which will consequently increase.

 

The quality of the terroir won’t change, even though justice will be done and the mention on the label will evolve. So, let’s feast, for the moment, on these Saint-Georges, 1er Cru. It may soon be time to celebrate the promotion of the climat in the Burgundy hierarchy, with a few old wines that are already great in our glass, while they did not have the recognition of the rank.