Noir, comme ce vin opaque qui fait honneur à un unique cépage ou comme cette vierge de la Chapelle Notre Dame de la Mûre. En descendant vers le sud, à la croisée des chemins, la profondeur, la puissance, la couleur, un soupçon de rusticité et beaucoup de noblesse. Voici Cornas, le plus secret des crus du Rhône Septentrional. A peine plus de 100 hectares de vignoble pour les braves, ceux qui acceptent d’affronter le mercure, l’inclinaison et la roche. Une appellation historique et pourtant souvent dans l’ombre, pour des vins néanmoins capables de rivaliser avec les plus grands étiquettes Rhodaniennes. La pente, la chaleur, la précocité, pour ce vin opaque qui à l’instar de l’Hermitage aurait fait le bonheur des Bordelais au Moyen Age (et même jusqu’au 19ème siècle), en assemblage avec leur claret qui manquait à l’époque de couleur.

 

La légende raconte que deux bateliers naviguant sur le Rhône et proches de la noyade, prièrent la vierge du Puy, lui promettant si elle les sauvait de bâtir une Chapelle là où leur embarcation les guiderait. Un sanctuaire qui trône aujourd’hui fièrement au Nord de la bourgade de Cornas, où cette vierge noire, réplique de celle du Puy, accueille les visiteurs avec son nom évocateur, Notre Dame de la Mûre.

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S’il serait tentant de penser que la Mûre évoque ce fruit noir si souvent cité pour décrire l’aromatique de la Syrah, l’étymologie renvoie en fait à la construction, aux vestiges et à la pierre. Cette pierre qui vient composer autant de murets ou Chaillées, bâtis patiemment par les romains pour soutenir les terrasses plantées de vignes qui dessinent les coteaux de Cornas. Des coteaux abrupts, qui portent le nom des 18 lieux dits de l’appellation, faisant face au levant ou au sud, protégés du Mistral et délimités par les nombreux ruisseaux. Ruisseaux et réserves hydriques qui confèrent sûrement à cette Terre brûlée une partie de sa noblesse viticole. Une terre de vin chaude, qui culmine pourtant à quelques 400 mètres d’altitude. Un vignoble qui regarde le Rhône avec une certaine distance, enclavée loin de son influence immédiate, moins impactée par l’effet modérateur du fleuve que les vignobles voisins.

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La première mention écrite d’un Cornas viticole, daterait de 885 après J.C, lorsque qu’un Chanoine de Viviers aurait écrit sur l’église de la commune, entourée de vigne. Les registres de l’Abbaye Saint-Chaffre de Monastier confirment l’implantation de champs de pampre au 10ème et 11ème siècle sur la bourgade. Des vignes exploitées par cette même Abbaye, après avoir été cédées par un noble local. Certains textes relatent également le goût particulier de Charlemagne pour les vins de la commune, vins dont il aurait même fait expédier quelques caisses à sa résidence d’Aix la Chapelle. Les noms des illustres amateurs de Cornas ne manqueront pas, par la suite, dans l’histoire de France, tels Louis XI, Charles Quint ou encore le Cardinal de Richelieu.

Si Cornas produisait à l’origine, tant du blanc que du rouge, le décret de l’appellation datant du 5 août 1938 stipule que la seule Syrah est autorisée en production, à l’inverse des autres crus rouges du Rhône Septentrional, qui peuvent assembler ledit raisin rouge à des cépages blancs Rhodaniens. Le vin de Cornas sera donc noir.

Red Wine Grapes (Syrah/Shiraz)

Le phylloxera, la crise des années 1930s, l’exode rural, un sévère gel en 1939 puis la seconde guerre mondiale et l’appellation traversera une longue période de pénombre. A peine 50 hectares étaient encore cultivés après la guerre pour des vins vendus pour quelques sous au négoce local. Il faudra attendre la fin du XXème siècle pour que Cornas retrouve sa splendeur et que la superficie exploitée augmente de façon significative.

 

Une terre chaude, protégée des vents, brûlée, comme l’indique l’origine celte du nom Cornas, des réserves hydriques et le granite de Tournon. Si un des crus rouges du Rhône septentrional porte tout particulièrement le sceau du granite, c’est assurément Cornas. Situé entre deux failles calcaires, la roche granitique magmatique constitue en effet le principal composant des sols de l’appellation. Des arènes granitiques au pH bas, magma cristallisé il y a environ 320 millions d’années. Le haut des coteaux comprend principalement des sols sableux peu profonds qui surplombent des granites à mica, riches en fer. Si le sous-sol peut-être relativement dense et massif dans certains secteurs, en témoignent des affleurements de granite compact, la vigne s’enracine le plus souvent dans un granite décomposé, surnommé localement gore. L’influence calcaire est plus forte au Nord de l’appellation. Au cœur du vignoble le granite compose avec l’argile, tandis que le sud de l’appellation est dominé par les granites les plus décomposés et du sable. Les bas de coteaux comprennent quant à eux des colluvions granitiques, sables, et graviers et sont bien plus profonds et potentiellement très acides. Les racines des vignes creusent souvent jusqu’à 10 mètres sous le sol au cœur des coteaux et parfois même jusqu’à 20 mètres en contrebas.

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Si la géologie semble plus homogène à Cornas que dans les appellations voisines (pour certaines beaucoup plus étendues il faut le rappeler), les variations géologiques existent et l’exposition, l’altitude et le microclimat, contribuent également à donner à chaque lieu-dit des caractéristiques spécifiques. Citons donc les plus célèbres du Nord au sud. Chaillot tout d’abord exposé pour grande partie face au levant, où le gore domine, à l’exception de la partie est du lieu-dit où l’argile et le calcaire viennent apporter leur contribution. La structure, l’élégance et la retenue sont ici les maîtres mots pour décrire les vins produits. Reynard ensuite, amphithéâtre protégé, avec son exposition sud, sud-est, son sol de granite et de gneiss, son caractère floral, sa charpente et son austérité tannique. Un secteur particulièrement privilégié garant de la longévité des vins mais appelant à la patience. La Geynale, exposée quant à elle plein sud, aux sols de gore dans les zones les plus hautes, de loess et de granite en contrebas, moins acides que le reste de l’appellation, produit des vins denses mais parfumés et souvent marqués par des notes de violette.  Sabarotte encore plus au sud, pour finir, est dominé par le sable et le granite, et enfante des vins au profil plus acidulé, aux notes de fruits rouges et apporte de la fraîcheur et de l’élégance aux assemblages. Autant d’expressions différentes assemblées ou vinifiées individuellement en fonction des sensibilités des vinificateurs.

 

Cornas est sombre et secret. Il ne se livre pas facilement. Il y a cette force qui demande du temps, cette puissance racée, celle d’un seigneur Rhodanien ténébreux et méfiant qui a repris ses droits et qu’il faut aller chercher. Portés par de grands interprètes, Pierre Clape et Thierry Allemand notamment, laissons le Seigneur s’assagir quelques années, il deviendra affable et séducteur. La méfiance laissera place à la générosité et au raffinement. Il restera profond et démontrera tout son charme et son élégance.

En terre de granite, Cornas a repris son envol et joue une partition singulière, qui mérite toute notre attention. Une interprétation de la Syrah, entière, sans concession et pourtant particulièrement passionnante.

 

Black, like this opaque wine glorifying a unique grape variety or like the virgin of the Chapel Notre Dame de la Mûre. On your way south, at the crossroads, you will find depth, power, colour, a hint of rusticity and a lot of nobility. Here’s Cornas, the most secret cru from Northern Rhône. Barely more than 100 hectares of vineyards, for the brave, those accepting to fight against heat, rock and inclination. A historical appellation which produces wines that are able to compete with the best labels of the Rhône Valley and yet often remaining in the shadow. Son of slope, sun, this early maturing and opaque wine was, like Hermitage, a blessing for Bordeaux producers in the Middle Ages (and until the 19th C), blended with their claret, too pale at the time.

 

According to the Legends two boatmen, sailing on the Rhône and about to drown, prayed the virgin of the Puy, promising her if she saved them, to build a Chapel at the place where their craft would lead them. Today the sanctuary is proudly lying north of the small town of Cornas, with its black virgin, a replica of the one from le Puy. A virgin welcoming the visitors with its highly suggestive name, Notre Dame de la Mûre.

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It’s tempting to think that the Mûre suggests the blackberry, a fruit often used to describe the aromatic of Syrah; etymologically it’s in fact related to construction, vestiges, rock and stone. This stone used to patiently build walls or Chaillées, supporting the terraces planted with vines on the very steep slopes of Cornas. Slopes also named after the 18 different terroirs of the appellation, facing the Levant or the South, protected from the Northern wind (the Mistral) and delimited by numerous streams. The streams and water reserves certainly contribute to this burnt land’s viticultural greatness. A warm land of wine, yet climbing up to 400 metres above sea level. A vineyard looking at the Rhône river from a certain distance, tucked away from its immediate influence, less impacted by it moderating effect than its Northern Rhône neighbours.

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The first official mention of Cornas, as a wine land, allegedly dates back to 885 AD, when a canon of Viviers wrote a text about the church of the commune, surrounded by vines. The register of the Abbey of Saint-Chaffre de Monastier then confirms the presence of vineyards at the 10th and 11th centuries in Cornas. The register states that a local nobleman sold the vineyards to the Abbey.

Certain texts also refer to Charlemagne and his pronounced taste for the wines of the commune, stating that he had then ordered cases of Cornas, soon delivered at his residence of Aix la Chapelle. Many famous Cornas lovers have followed in wine history, including Louis XI, Charles Quint or the Cardinal of Richelieu.

If Cornas initially produced both red and white wines, the appellation regulations settled on the 5th of August 1938 stipulate that only Syrah is authorised in production, unlike the other red crus of Northern Rhône allowed to blend the red grape with white Rhone varietals. The wine of Cornas will thus be black.

Phylloxera, the Great Depression of the 1930s, rural exodus, a severe frost in 1939, then WW2, and the appellation will fall out of favour. Barely more than 50 hectares of vineyards were still farmed after the War while the wines of Cornas were sold for a few pennies to local wine merchants. It’s only at the end of the 20th C that Cornas regained its greatness and that the surface exploited significantly increased.

 

A warm land, protected from the dominant wind, burnt as the Celtic origin of its name indicates, water reserves and the granite from Tournon. If one of the red crus of Northern Rhône bears more particularly the seal of granite, it’s undoubtedly Cornas. Located between two limestone seams, its soils are mainly composed of magmatic granitic rock. Granitic arenas with a low pH, composed of magma that crystallised around 320 million years ago. The top of the slopes is dominated by narrow sandy soils over mica-granite, rich in iron. If the subsoil is relatively dense in certain sectors, as we can observe through numerous compact granite outcrops, the vines root most often in decomposed granite locally called gore. The influence of limestone is stronger in the Northern part of the appellation. At the centre of the AOC, clay and granite dominate while in the South of the appellation soils are mainly composed of the most decomposed granite and sand. The bottom of the slopes contains colluvium, granite, sand and gravels with far deeper and potentially very acid soils. Root can grow as deep as 10 metres into the heart of the slope and even up to 20 metres deep further down.

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If geology seems more consistent in Cornas than in the neighbouring appellations (certain ones are much larger also, let us not forget it), geological variation still exists and altitude, micro climates also contribute to the specific characteristics of each terroir.

Let’s say a few words about the most famous ones, from North to South. Firstly, Chaillot exposed mainly east, in which gore dominates, to the exception of the eastern part of the slope where clay and limestone bring their contribution. Structure, elegance and restraint are the key words to describe the wines produced there. Then comes Reynard, a protected amphitheatre, with its south or south-east exposure, its granite- and gneiss-based soil, its floral character, its flesh and its austere tannic frame. A privileged sector, that guarantees the ageing potential of many wines but calls for patience. Then Geynale, exposed plain south, with its gore soils in the upper zones and its loess and granite soils further down, less acidic than in the rest of the appellation. A sector producing dense, but perfumed wines, often known for their violet note. Sabarotte then, further South, dominated by sand and granite, giving birth to wines with more tart-fruit and red-fruit flavours and bringing freshness and elegance. Different expressions vinified individually or blended, according to the vision of each winemaker.

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Cornas is dark and secret. It does not easily provide the answer. It has this strength, this robustness, asking for time. The racy power of a mysterious and suspicious Rhône lord, who is now back in the game and will need to be tamed. With great interpreters, Pierre Clape and Thierry Allemand amongst others, let’s leave the lord mellow a few years, he will then become friendly and seducing. Suspicion will soon be transformed into generosity and refinement. He will remain profound and strong while showing his elegance and his charm.

In a land of granite, Cornas has taken off and now plays a very singular tune. A wine deserving all our attention. An interpretation of Syrah that is full, fleshy, without concession and yet fascinating.