Ciel d’azur, soleil d’automne, terre de colline et de vigne. Majestueux, le pays de Beaujeu semble paré de ses plus beaux habits. La récolte s’achève, et les vignobles nous regardent avec fierté et panache. Le travail est fait et si le fruit n’est plus là, les couleurs de l’automne semblent célébrer la fin du cycle végétatif et ajoutent à l’esthétique de cette région viticole. Les teintes ressortent et reflètent la beauté du lieu mais aussi la diversité géologique du vignoble.

Nous sommes à l’extrême sud du Beaujolais, sur la commune de Theizé. Après avoir admiré la pierre ocre du superbe Château de Rochebonne, nous pénétrons dans le clos éponyme de quelques 82 ares, accueillis par notre hôte Claude Geoffray. Si le temps est à la ripaille, à la jovialité et au plaisir des agapes, le vignoble de poche que nous arpentons à peine arrivés, appelle plutôt à la retenue, comme un hommage silencieux à une terre et à la vigne qui nous entoure.

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Nous foulons ici le sol alcalin du pays des terres dorées, royaume du calcaire, des marnes et de l’argile. Exception géologique en terre de granite ? La région présente en fait une des géologies les plus complexe de France. Notre séjour en Beaujolais va bientôt nous le rappeler. Sous les douze appellations du Beaujolais, toutes ou presque toutes les grandes catégories de roches et de minéraux sont présentes. Cette complexité géologique c’est près de 360 millions d’années d’histoire qui nous regardent. Le Beaujolais que l’on connaît aujourd’hui est l’enfant d’une activité tectonique et magmatique longue et intense. Le pays de Beaujeu est devenu pluralité de sols et de vins, fort d’une activité volcanique sous marine, de la collision de deux continents, de la remontée du magma, d’une intense érosion des roches et aussi du dépôt de couches de sédiments apportés par la mer en personne. Qui dit mieux ? Quelle région viticole peut se targuer d’être le témoin d’autant de phénomènes physiques, de périodes et de changements majeurs qui ont accompagnés la terre faisant sa mue ?

Panorama of vineyards at sunrise time, Beaujolais, Rhone, France

Le Beaujolais est souvent réduit à deux grandes tendances géologiques. La première à dominance granitique et volcanique, au Nord de la rivière Nizerand, sur des sols métamorphiques à tendance acide et peu profonds. La seconde, dans la partie méridionale est histoire d’argile, de marne et de calcaire. La mer a recouvert le magma au Jurassique pour créer une formation géologique sédimentaire et des sols plus profonds, alcalins, à dominance calcaire. Le pays des terres dorées qui ouvre notre chapitre Beaujolais.

 

Pour autant cette description rapide reste une grande simplification géologique, en témoigne avec brio les études pedo-géologiques menées par le bureau SIGALES, qui démontrent que le sujet ne peut être ainsi résumé. Chacune des douze appellations regroupe en effet une multitude de typologies de sols.

Tandis que le granite acide affleure en hauts de coteaux des crus du Nord Beaujolais, le tuf, le schiste et le sable, entre autres, ont aussi décidés de compléter le tableau.

Profiter pleinement des collines du Beaujolais demande un soupçon de poésie mais surtout une grande capacité d’observation. Les teintes sont autant d’indices pour mieux comprendre ou à défaut toucher du doigt la complexité et la diversité. Ocre pour l’argile et le calcaire au sud, rose pour le granite de Fleurie et Julienas, bleu sur le Mont Brouilly lorsque le schiste s’allie aux granite décomposé, brun à Chenas quand le sable et le manganèse décident de s’en mêler, beige sur les bords de Saône, terre d’alluvions, plus riche et fertile. Autant de vérités pédo-géologiques, qui contribuent sûrement pour partie à la fraîcheur et la tension des Beaujolais du sud, à l’expression florale d’un grand Fleurie, au caractère tellurique des Morgons, à la structure des Moulin-à-Vent ou encore à l’intensité et à la pureté de fruit des Côte-de-Brouilly.

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Cette diversité géologique annonce peut-être une future richesse ampélographique. Si le Gamay rouge à jus blanc est roi de Beaujeu et peut remercier Philippe le Hardi, Chardonnay et Pinot Noir sont invités à profiter du panorama. Madame la Syrah est aussi annoncée à travers de nouveaux projets viticoles ambitieux. Le Viogner suivra peut-être, qui sait ?

 

Notre court séjour résonne déjà comme une jolie leçon de Beaujolais. Un Beaujolais différent à chaque étape, tant pour nos yeux que pour nos papilles. Autant de visages pour une seule région, déjà grande par son histoire, ses sols, et par ses vins de plaisir et de partage. Une région qui semble renaitre, prête à cultiver la différence, à tutoyer les sommets, sans pour autant oublier ses racines.

 

Azure sky, autumn sun, land of hills and vines, the majestic land of Beaujeu seems to wear its finest attire. The harvest has just ended, and the vineyards are facing us with pride and panache. The work is done, and if the fruit is not there anymore, the autumn colours seem to celebrate the end of the vegetative cycle and add to the aesthetics of this viticultural region. The tints stand out and reflect the beauty of the place but also the geological diversity of the vineyard.

We are in the extreme south of the Beaujolais, on the grounds of the village of Theizé. After admiring the ochre stone of the magnificent Château of Rochebonne, we enter the eponymous clos of 82 ares, welcomed by our host Claude Geoffray. If it is time for a feast, joviality and pleasure of the tasting buds, the vineyard in which we wander calls for restraint, like a quiet tribute to the land and the vines surrounding us.

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We tread on the alkaline soil of the sub-region called the golden stones – literally in French the « Pays des Terres dorées »  the kingdom of limestone, marl and clay. Is it a geological exception in the land of granite? Our journey in Beaujolais will soon remind us that the region has, in fact, one of the most complex geology in France. Under the twelve appellations of the Beaujolais, all or almost all the types of stones and minerals are present. Complex geological structures and nearly 360 million years looking at us. Today’s Beaujolais is the child of a long and intense tectonic and magmatic activity. The land of Beaujeu has become a plurality of soils and wines thanks to a submarine volcanic activity, to the collision of two continents, to the rise of magma, to the severe rock erosion and the deposit of layers of sediments brought by the sea in person. Top that! Which viticultural region can claim to be the witness of so many physical phenomena, of so many periods and significant changes that have accompanied the evolution of the earth through the ages?

Young vineyards of Beaujolais at dawn, Burgundy, France

The Beaujolais is often reduced to two major geological tendencies. The first one, granitic and volcanic, lying North of the river Nizerand, with acidic and narrow metamorphic soils. The second one, in the Southern part, tells us a story of clay, marl and limestone. The sea covered the magma during the Jurassic age, and created a sedimentary geological formation, with deeper, alkaline soils, limestone based. The Pays des Terres dorées, opening our Beaujolais chapter.

 

Yet, this description is clearly a geological shortcut. The brilliant pedo-geological research performed by SIGALES proves that the subject cannot be summarised so quickly. Each of the twelve appellations regroups, in fact, a multitude of soil typologies. While granite dominates on the top of the slopes of North Beaujolais, tuff, schist and sand, among others, have decided to complete the picture.

 

To enjoy the magic of the hills of Beaujolais you need, first, a zest of poetry but above all, a great capacity for observation. The tints are the tips, the clues, helping you to understand or at least to grasp the complexity and the diversity. Ochre for clay and limestone in the South, pink for the granite of Fleurie and Julienas, blue on the Mount Brouilly where schist mingles with decomposed granite, dark at Chenas where sand and manganese decide to join the party, beige for the rich and fertile alluvial soils close. So many different pedo-geological truths, probably contributing to the freshness and the tautness of the Southern wines of Beaujolais, the floral expression of a great Fleurie, the telluric character of a Morgon, the structure of a Moulin-à-Vent or the intensity and the fruit purity of a Côte-de-Brouilly.

The geological diversity may also announce ampelographic richness. If the red Gamay with white juice is the king of Beaujeu thanks to Philippe le Hardi, Chardonnay and Pinot-Noir are also welcomed to enjoy the panorama. Madam Syrah is also expected, and should soon shine, through new viticultural projects. Viognier may follow, who knows?

 

Our short journey sounds like a pleasant Beaujolais lesson. A Beaujolais different at each step, both for our eyes and our tasting buds. So many different faces for a single region, already great due to its history, its soils and its pleasant, friendly wines. A region which seems to be born again, ready to make a difference, to climb the summits, but without remembering its roots.