Si l’attaque est un rien abrupte, le milieu de bouche est plus tendre et généreux, tandis que la finale est élégante et distinguée. Château des Bachelards, au cœur des crus du Beaujolais, ou l’histoire d’une vision, parfois un rien assertive, souvent inspirée et d’une ambition qualitative évidente.

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La bâtisse, imposante et majestueuse, ne ressemble en rien à un Château. Pour autant elle semble se hisser vers le ciel, sous le regard bienveillant de la madone de Fleurie. Sous sa carapace végétale, elle dissimule une belle pierre ocre, légèrement décrépie tandis que les jolies volets bleus pastel apportent une touche fraîche à cette ensemble qui laisse augurer le meilleur.

 

Je suis ici en compagnie d’une jolie bande de ripailleurs – l’Académie Rabelais. Une association de joyeux malfaiteurs dont j’ai le plaisir de faire partie, qui célèbre le bien manger et le bien boire entre autre, mais aussi la jovialité, le partage et bien sûr la littérature. Un groupe de bambocheurs de tout âge pour qui le Beaujolais a peu de secrets – l’Académie ayant été fondée en 1948 par Curnonsky, Henri Clos-Jouve et quelques autres mousquetaires de l’assiette et du verre, en terre Beaujolaise, au Château Thivin. Peu de secrets, vraiment ? Pourtant nous sommes ici en territoire inconnu, devant ce joli porche au cœur du vignoble de Fleurie.

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La réputation de notre hôte semble déjà établie. Le vignoble nous a annoncé la couleur, la Comtesse de Vazeilles, Alexandra pour les intimes, n’a pas fait l’unanimité. Nous allons vite comprendre pourquoi. Nous sommes accueillis dans la grande cour du dit château, par une femme énergique, convaincue, qui ne se laisse en rien intimider par notre confrérie, composée ce jour là, il faut le rappeler de presque trente gaillards, gourmands et assoiffés et de quelques langues acerbes (dont je peux faire partie je le reconnais). La présentation du projet, bien que très décomplexée et un rien affirmative, laisse transparaître l’ambition, que dis-je la volonté absolue de faire de grands vins.

 

Un patrimoine de vignes, très anciennes pour certaines, une densité de plantation de plus en plus élevée et de tous petits rendements pour que les vins du domaine soient bientôt célébrés par les palais les plus exigeants. Sous l’œil avisé et bienveillant de Claude et Lydia Bourguignon le domaine est en conversion biodynamique, dans une région où le phyto sanitaire a régné sans partage pendant quelques décennies. Une décision louable et courageuse, la climatologie n’étant pas toujours clémente dans cette terre de granite. Le conseiller spécial de sa majesté n’est autre que Stéphane Derenoncourt. Un rien bordelais en terre Beaujolaise, mais après tout pourquoi pas, la qualité du conseil, peut s’exporter. Les premières explications sont un rien démonstratives, comme un mode d’emploi du bon viticulteur qui dénonce sans détour les écueils des voisins. Les mauvaises langues en prennent pour leur grade. Le parcours de la Comtesse, du domaine Roulot au Château Latour, est aussi mis en avant comme il se doit. Un soupçon d’humilité aurait peut-être donné plus de charme au topo. Qu’importe ! Nous faisons face à une femme qui veut affirmer ses convictions et n’est pas avare d’arguments. Egrappage intégrale au pays de la carbonique, élevage longs en bois et cuve, au royaume du vin nouveau, bref, les lignes bougent, la direction s’affirme.

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Après avoir visité le chai miniature, qui confirme la maîtrise extrême des rendements et la volonté de ne produire qu’avec le meilleur, nous sommes invités à monter au premier étage pour la dégustation. Le compagnon d’Alexandra de Vazeilles, Bernard Burtschy, se joint à nous, quelques anecdotes croustillantes et commentaires en poche. Avant de mettre le nez dans le verre, nous contemplons le superbe clos qui jalonne le bâtiment. Un petit potager où nous apercevons de belles courges de saison, une tourelle au milieu du champ, des vignes et les collines granitiques. Une vue magique, qui donne presque le vertige. Nous passons ensuite en cuisine, où nous attendent huîtres et autres réjouissances pour accompagner les vins du domaine.

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La beauté du bâtiment, de la vue et la démarche ambitieuse combinent avec cette personnalité tout d’abord un peu affirmée, nous devons donc laisser le verre parler.

Il va le faire avec brio. Nous démarrons par les deux blancs pour faire honneur aux deux jolis plateaux d’huîtres. Le premier, le Pouilly-Fuissé Vergisson 2014, est tout en précision et en retenue. Très pur, cristallin, net et élancé. Un vin comme on les aime. Loin de la démonstration, il donne dans la verticalité et la persistance. Le Pouilly-Vinzelles 2015 qui suit est plus en volume – sur un millésime plus solaire il faut le rappeler – mais reste de très belle facture. Viennent ensuite les rouges, dans l’ordre de service le Saint-Amour 2014, le Moulin à Vent 2014, le Fleurie 2014 et le Fleurie le Clos 2014. Des vins à la fois délicats et profonds. Le Saint-Amour respecte son caractère tendre et jovial mais avec une densité de fruit déjà impressionnante. Le Moulin à Vent est plus sérieux et structuré, mais son expression florale apporte du charme et de l’élégance. Le Fleurie 2014 finira de me convaincre, avec son nez de framboise et de violette, sa très belle bouche acidulée et sa finale longue et subtile. Pour clôturer le programme, le Fleurie le Clos 2014, encore très concentré à ce stade, sur la réglisse et la myrtille, fait figure de marathonien, taillé pour la garde.

Nous sommes tous sous le charme de ces jolis flacons.

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Après ce joli festival où le gamay noir à jus blanc à donné de sa superbe, nous ne pouvons qu’applaudir cette Comtesse portée par son ambition. Au Château des Chatelards, si le démarrage est un peu forcé, la générosité reprends vite le dessus et le verre vient comme une confirmation.

Le vignoble a cela de magique qu’il ne cesse de vous étonner. Si le temps viendra certainement polir le discours d’accueil, pour le reste je n’ai rien à dire, si ce n’est, chapeau bas et continuez comme ça Madame la Comtesse !

 

If the attack is a little abrupt, the mid-palate is softer and more generous, while the finish is elegant and refined. Château des Bachelards, in the heart of the crus of Beaujolais, or the story of a vision, sometimes a light assertive, but often inspired and with an obvious qualitative ambition.

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The building, imposing and majestic, doesn’t look like a Château. Yet, it seems to climb to the sky, under the compassionate look of the Madonna of Fleurie. Under its vegetal shell, it hides a beautiful ochre, slightly decrepit, stone while the blue pastel shutters add a fresh touch, like a sweet promise.

 

I am here accompanied by a nice group of revellers – The Rabelais Academy. An association of joyful fellows, celebrating food and wine, but also joviality, sharing and of course literature; I am lucky enough to be a member. A group of merrymakers of all ages, for whom Beaujolais has few secrets – the Academy was founded in 1948 by Curnonsky, Henri-Clos-Jouve and a few other musketeers of the plate and the glass, in Beaujolais land, at Château Thivin. Yet, we are here in unknown territory, in front of this lovely porch, in the heart of the vineyard of Fleurie.

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The reputation of our guest seems already well established. The vineyard has already laid its card on the table. The Countess de Vazeilles, Alexandra for her friends, has failed to earn unanimous support. We will soon understand why. We are greeted in the courtyard of the castle by a dynamic and convinced woman, who does not look intimidated by our fellowship, composed that day, I must recall it, of almost thirty greedy and thirsty companions and of a few acerbic tongues (I confess). The presentation of the project, though very confident and a bit affirmative, demonstrates ambition and even an absolute desire to produce great wines.

 

We are introduced to an old vineyard, an increasingly high density of plantings and very limited yields to ensure that the wines will soon be celebrated by the most demanding palates. Under the benevolent eye of Claude and Lydia Bourguignon, the vineyard is in biodynamic conversion, in a region in which chemicals have prevailed for a few decades. A laudable and brave decision, as the climatology is not always a walk in the park in this land of granite. The counsellor of her majesty is none other than Stéphane Derenoncourt. A Bordelais in Beaujolais, but after all why not, the quality of the advice can be exported.

The first explanations are a little too demonstrative, like an instruction book for the perfect vine grower, pointing out the pitfalls and denouncing the neighbours. The wagging tongues get a dressing-down. The wine background of the Countess, from Domaine Roulot to Château Latour, is also properly highlighted. A pinch of humility would have added charm. Never mind! We are facing a woman who wants to express her convictions and has compelling arguments. Whole destemming in the land of carbonic maceration, long ageing in oak and stainless steel, in the kingdom of the vin nouveau, the lines are moving, the direction is changing.

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After the visit of the tiny chai, testifying to the extreme control of yields and the wish to produce only with the best grapes, we are invited to go to the first floor for the tasting. The partner and future husband of Alexandra de Vazeilles, Bernard Burtschy, joins us, with a few anecdotes and comments in his pocket. But before dipping our nose in the glass, we contemplate the superb Clos bordering the building. A small vegetable garden in which we can catch sight of lovely seasonal courgettes, a tower in the middle of the field, vines and the granitic hills. A magical, breathtaking view. Then, we enter the kitchen, where a few oysters and other treats are waiting for us and will try to accompany the wines of the estate.

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The beauty of the building, the view and the ambitious approach, combine with Alexandra’s personality, firstly a bit assertive, so we have to let the glass speak. And it does speak brilliantly. We start the tasting with the two whites to honour the two plates of oysters. The first, the Pouilly-Fuissé Vergisson 2014, is very precise and taut. Pure, crystalline, clear-cut. Far from trying to demonstrate, it plays the cards of verticality and persistence.

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The Pouilly-Vinzelles 2015 is creamier and more voluminous – on a sunnier vintage, we have to recall it – but remains well-crafted. Then come the reds, in order of service, the Saint-Amour 2014, the Moulin à Vent 2014, the Fleurie 2014 and the Fleurie Le Clos 2014. All the wines are both deep and delicate. The Saint-Amour respects its soft and affable personality but already has impressive fruit density. The Moulin à Vent is more serious and structured, but its floral expression brings charm and subtlety. The Fleurie 2014 will definitely convince me, with its raspberry and violet nose, its vivid and sweet-flavoured palate and its long and delicate finish. For the grand finale, the Fleurie Le Clos 2014, still very concentrated at that stage, developing liquorice and blueberry flavours. Built for a marathon, ready for long maturation. We are all under the charm of these lovely wines. Keep quiet, you wagging tongues!

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After this delightful display during which the black Gamay confirmed its rank, we can only applaud the ambitious countess. At the Château des Chatelard, if the start can be a little forced, generosity soon takes over, and the glass comes as a confirmation.

The vineyard is magical because it never stops surprising you. If time will surely polish the welcoming speech, for the rest, I have nothing to say, except “Chapeau and keep up the good work, Madame la Comtesse!”