The beginning of the year 2017 was marked by two worrying and almost simultaneous announcements: the purchase of Clos Rougeard by Martin Bouygues (not confirmed, apparently) and of Domaine Bonneau du Martray by the American Stanley Kroenke (ratified this time). A Loire Valley monument which expressed the best of Cabernet-Franc on the terroirs of Saumur. A Burgundy reference, a jewel in Corton, the noble expression of a hill and its white and red wines, already praised long ago by the most famous Carolingian king.

Colline de Corton

Who are the happy beneficiaries of these purchases? A giant of the French industry and the owner of the English soccer club Arsenal. Also, respectively the owner of Château Montrose in Bordeaux and of Screaming Eagle in California, a weak justification for their love for wine.

After Biondi Santi in December, we stand and watch helplessly the fall of the icons.

If these two transactions still need to be confirmed, along with the probably impressive amounts of money involved (more than 100 million Euros apparently for Domaine Bonneau du Martray), all wine lovers unfortunately have a right to worry and for many reasons.

 

The first reason is financial. These transactions are registered and recorded, become references and add up to many others, leading to an exploding price of wine land. We also remember this ouvrée of Montrachet Grand Cru (barely more than four ares) purchased by François Pinault for one million Euros. Where is the limit? Bad grass in the garden of the independent vine grower who wants to transmit his estate to the next generation while at the same time the inheritance taxes are increasing unreasonably. A vicious circle pushing new vine-growers to sell family holdings and to lose their land.

The financial and economic problem goes further. Whoever sells, for an awful lot of money, to a happy benefactor often looking for an image and hedonistic fun, also contributes to the inflation of the bottle, taking the enthusiastic consumer and many wine lovers away from the best terroirs. When a tidy sum of money is invested in the vineyard by businessmen, even if it is not always a question of immediate profitability, it is likely that it will soon drive the price of the pleasure of our tasting buds higher.

 

fotolia_43848218_xs

Money is one thing, let’s leave it for a moment and let’s focus on the wine producer. I like to think that he serves a terroir and should transmit his skills to the next generation. An agricultural savoir-faire, winery secrets, which may be lost. We can already hear the proponents advocate that quality will remain, that continuity is the keyword, and that no one will leave the boat.

A song that we have already heard many times, yet marked by the sound of the departure of Noël Pinguet, among others, for those who remember. Continuity, for how long? What about the next generation? What freedom will the owner leave for the vine grower and the winemaker? So many questions without answers.

 

thumb_img_2135_1024

Last, it is nice to think that independent agriculture has a future. A future that such transactions are disturbing, if not calling into question, bringing a wind of doubt on a story anchored in the French countryside. While the strength and the talent of the independent vine growers of Champagne reminded the negociants and the consumers that large does not necessarily mean better, consolidation is, unfortunately, a source of concern. It rarely rhymes with diversity or passion. The world of wine must not become only a question of empires, competing for their number of hectares or of wine estates.

 

I am not putting in trial any of the protagonists involved in those two transactions, as I ignore the details and the personal reasons. Yet, some have told us the story of independent and sustainable viticulture, with their boots on the ground and their heads turned toward the emotion of a future bottle. The promise of sustainability or sweet illusion? The perfume of a wine nectar or a few million Euros that will turn someone’s head, while the land will still be there.

 

 

 

 

 

 

Le début de l’année 2017 a été marqué par deux inquiétantes annonces quasi simultanées : le rachat de Clos Rougeard par Martin Bouygues (pas encore confirmé semble-t-il) et celui du domaine Bonneau du Martray par l’américain Stanley Kroenke (défintivement entériné). Un monument ligérien qui a exprimé le meilleur du Cabernet-Franc sur les terroirs de Saumur. Une référence Bourguignonne, joyau à Corton, noble expression d’une colline et de ses vins blancs et rouges, qui firent le bonheur il y a bien longtemps d’un célèbre roi Carolingien.

Colline de Corton

Les heureux bénéficiaires de ces rachats ? Respectivement un géant de l’industrie française et le patron du club de football Arsenal. Soit, le premier est déjà propriétaire du Château Montrose à Bordeaux et le second de Screaming Eagle en Californie, faible justification d’un amour pour le vin. Après Biondi Santi en décembre, nous constatons avec impuissance la chute des icones.

Si ces deux transactions doivent encore être confirmées, ainsi que les sommes certainement impressionnantes qui sont en jeu (on parle de plus de 100 millions d’euros pour le domaine Bonneau du Martray), tous les amoureux du vignoble français et du vin en général sont malheureusement aussi en droit de s’inquiéter et ce pour de nombreuses raisons.

 

La première est d’ordre financière. Ces transactions sont enregistrées, prises en référence et viennent s’ajouter à bien d’autres qui font exploser le prix du foncier. On se souvient aussi de cette ouvrée de Montrachet (à peine plus de 4 ares) rachetée par François Pinault pour un million d’euros. Où est la limite ? Une autre mauvaise herbe dans le jardin du vigneron indépendant qui cherche à transmettre son bien à la génération suivante et voit en même temps les frais de succession devenir de plus en plus élevés. Un cercle vicieux qui poussera de nouveaux vignerons à vendre un patrimoine familial et à perdre leur terre.

Le problème financier et économique va plus loin. Celui qui vend, cher, à un heureux mécène, bien souvent intéressé par l’image et par une belle danseuse hédonique, contribue aussi à cette inflation du flacon qui éloigne le consommateur passionné des plus beaux terroirs. Quand une coquette somme est investie dans un vignoble par des hommes d’affaires, même s’il n’est pas toujours question de rentabilité immédiate, il est probable que le prix du plaisir de nos papilles grimpe rapidement.

Empty bottles of wine from the label of dollar bill on a glass table

L’argent est une chose, laissons-le de côté pour quelques minutes afin de revenir au vigneron. J’aime à penser que celui ci est au service d’un terroir, d’un savoir faire transmis de génération en génération. Un savoir faire agricole, des secrets de chai, qui se perdront peut-être. Nous entendons déjà les meilleurs avocats nous expliquer la pérennité qualitative, assurée par le maintien des équipes en place. Un refrain que nous avons déjà entendu maintes fois, marqué néanmoins par le départ d’un Noël Pinguet et bien d’autres, pour ceux qui savent se souvenir. Pérennité, pour combien de temps ? Qu’en sera-t-il de la génération suivante ? Jusqu’où le propriétaire laisse-t-il le vigneron libre de choisir ? Autant de questions qui restent en suspend.

 

Pour finir, il est bon de penser que l’agriculture indépendante à un avenir. Avenir que ces transactions viennent troubler, amenant un vent de doute sur une histoire pourtant ancrée dans nos campagnes françaises. Alors que la force vigneronne champenoise est venue rappeler aux négociants et aux consommateurs que grand ne voulais pas forcément dire meilleur, la consolidation continue malheureusement à faire peur. Elle n’est que rarement synonyme de diversité du goût et de passion première. Le monde du vin ne doit pas devenir uniquement une histoire d’empires, qui rivalisent en nombre d’hectares ou en nombre de propriétés.

thumb_img_2153_1024

Je ne fais ici aucun procès aux protagonistes impliqués dans ces deux transactions, ne connaissant pas les raisons personnelles et les détails.

Pourtant, certains nous avaient vendu une viticulture indépendante, les pieds dans la terre et la tête tournée vers l’émotion d’un futur flacon. La promesse pérenne de nos terroirs, ou une douce illusion ? Le parfum d’un nectar qui fait tourner la tête, ou quelques millions qui se perdront alors que la terre elle sera toujours là.