Brunello di Montalcino, ce bijou toscan et enfant béni du Sangiovese Grosso a grandi bien vite. 1967, année de la reconnaissance officielle. Un vin au cœur pur, qui célèbre le meilleur d’un cépage italien, sans être terni par l’apport de variétés internationales. Une zone de production historique, que les générations de Biondi Santi, Costanti ou Fuligni avaient déjà porté au pinacle depuis des décennies. Un vignoble unique, sur les versants d’une colline et de sa ville fortifiée, où les meilleurs terroirs, nichés à plus de 350 mètres d’altitude, regardent le levant et laissent le Sangiovese mûrir lentement, préservant ainsi structure et finesse, acidité et fraîcheur. Le succès fait grandir et pas toujours dans le bon sens. Brunello di Montalcino est grand, pas seulement par son vin et la beauté des environs. Il l’est aussi devenu de par la superficie exploitée dans la DOCG (Denominazione di origine controllata e garantita). Lorsque les enjeux commerciaux prennent le dessus, il y a un risque certain de dépréciation qualitative. Les raisons sont simples, le vin se vend bien et cher, le foncier aussi. Alors les plantations se multiplient.

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Qu’est ce qui fait un grand Brunello di Montalcino ? Cette pureté aromatique, cette subtilité florale, cette pointe végétale, cette acidité et ces tannins francs et mûrs. Un équilibre entre structure et élégance qui demande un environnement spécifique, tant en terme d’exposition, de sols que d’altitude. Des journées chaudes, où le soleil du matin réchauffe les sols tandis que les brûlures de l’après midi sont évitées. Des nuits plus fraîches pour que la pureté du fruit et l’acidité persistent et garantissent cet équilibre et cette noblesse. Un microclimat spécifique, à l’instar de nombreuses autres vignobles capables de produire de très grands flacons.

Pourtant de nombreux terroirs sont aujourd’hui estampillés Brunello di Montalcino sans que toutes ces conditions soient réunies. Des terroirs chauds, plus bas en altitude, aux sols plus lourds, à forte proportion d’argile. Résultat, des vins aux degrés alcooliques de plus en plus élevés, sans que la maturité phénolique ne soit nécessairement atteinte. Des vins confits, extraits, ayant perdus cette subtilité, cette brillance.

Le cahier des charges de la DOCG impose un degré d’alcool minimum de 12,5%, ce qui n’est plus depuis longtemps un souci, mais aussi un maximum de 15,4%. Un producteur me confiait il y a peu que ce maximum commençait pour certains à poser problème. Pas pour les domaines historiques, situés sur les terroirs originels de l’appellation. Peu étonnant.

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Si le versant est de la colline de Montalcino semble faite pour le Sangiovese Grosso, de nombreux producteurs ont toutefois réussis à créer la distinction dans d’autres zones de l’appellation. A Tavernelle ou Castenuovo dell’Abate, de grandes expressions du cépage existent aussi. Des expressions différentes. La diversité ne doit pas être un problème bien au contraire. Pour autant elle ne doit pas masquer une réalité. Dans un vignoble monovariétale, conserver une ligne directrice, un respect du cépage et de son profil organoleptique semble aussi opportun. A y regarder de plus près, les domaines qui excellent dans ces zones « excentrées » de l’appellation – Cerbaoina, Salvioni, Casse Basse, Stella di Campalto et d’autres que j’oublie – exploitent eux aussi des terroirs implantés sur les hauteurs des collines Toscanes et sur des sols légers et pauvres. La recherche de fraîcheur et d’équilibre comme leitmotiv, pour tout producteur inspiré quel que soit le vignoble.

Le danger du cépage international est ici écarté, par définition. Le boisé marqué et l’extraction sont des menaces encore bien présentes, mais un marché qui reviens vers la pureté et l’expression variétale semble venir à la rescousse. Le plus grand danger à Brunello réside, et c’est bien paradoxal, dans le terroir. A le déprécier, le risque est de sombrer dans la médiocrité, de ternir le travail de nombreux artisans qui produisent ces vins fins et purs. Ajoutons au problème un climat qui change et qui accentue le trait.

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Kerin O’Keefe soulignait avec justesse ces écueils dans son brillant ouvrage sur Brunello di Montalcino et cette disparité qualitative en terme de terroirs. Elle suggérait aussi récemment non sans clairvoyance que les zones de production soient indiquées sur les étiquettes pour que les différences soient mieux comprises. Une piste à ne pas négliger. Peut-être serait il aussi recommandé de trancher de manière drastique, sans concession, pour le meilleur de ce joyau toscan : réduire les surfaces de la DOCG pour préserver la grandeur ? Cela semble impossible dans un monde où l’argent prend souvent le pas sur la vérité du verre. Mais après tout, pourquoi pas ?

 

 

Brunello di Montalcino, the Tuscan jewel and blessed son of Sangiovese Grosso, has grown very fast. 1967, the year of the official recognition, with the DOCG status for this wine with its pure heart, which embodies the best of this Italian grape variety, without being tarnished by any other international varietal. A historical zone of production for this wine that has been worshipped for decades and guided to the summit by generations of Biondi Santi, Costanti or Fuligni. A vineyard situated on the slopes of a fortified hill, on which the best terroirs, perched at a high altitude, look to the East and let Sangiovese ripen slowly, preserving its structure and finesse, its acidity and freshness. Success rhymes with expansion. Brunello is big and large, not only due to the quality of its wine or the beauty of the landscapes surrounding the hill. It is also a large DOCG (Denominazione di origine controllata e garantita), with an important surface under vine. When economic stakes are becoming priorities, there is a risk of quality depreciation.

The reasons are rather straightforward: the wine sells well, the land as well. So it becomes tempting to plant more vine and to let the exception grow.

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What makes a great Brunello di Montalcino? Aromatic purity, floral subtlety, a noble vegetal, herbal lift, the acidity and these marked and ripe tannins. A balance between structure and elegance, thanks to a specific growing environment, in terms of altitude, but also exposure and soils. Warm days with the morning sun heating the soils, while afternoon sunburn is avoided. Cool nights to preserve fruit purity and vividness and to guarantee this balance, this nobility. A particular microclimate, akin to other vineyards also able to produce very great bottles.

However, numerous terroirs are stamped Brunello di Montalcino while all these conditions are not met. Hot vineyards, lower in altitude, with heavier soils and a high proportion of clay. The result? Wines with increasingly high alcoholic degrees while the phenolic maturity is not always reached. Jammy expressions of Sangiovese Rosso which have lost this subtlety, this brightness.

The rules of the DOCG impose a minimum alcohol degree of 12,5% – not a problem anymore and it has been so for quite a while – but also a maximum of 15,4%. A producer recently told me that this authorised maximum was becoming an issue for certain estates. Not for the historical ones, located on the original terroirs of Montalcino. No wonder.

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If the East-facing side of the hill of Montalcino seems perfect for Sangiovese Grosso, numbers of producers have also succeeded in producing distinctive wines in other zones of the appellation. In Tavernelle, Castelnuovo dell’Abate or Sant’Angelo in Colle, great versions of the grape variety also exist nowadays. Different expressions of the varietal. Diversity is never a problem for wine. It is even a good thing. Yet, it must not hide the reality. In a mono-varietal vineyard, the respect of a grape variety and its organoleptic profile also seem right.

If we take a closer look, the producers excelling in such « remote » zones of the appellation – Casse Basse, Poggio di Sotto, Lisini, Stella di Campalto and a few others that I might have forgotten – are also exploiting vineyards located high on the Tuscan hills, on poor and light soils. The search for freshness and balance remains a leitmotiv, for any inspired producer, whatever the wine land.

The danger of the international grape variety is avoided here, by definition. The over-oaked and over extracted wine are still significant threats but the current market coming back to purity and varietal expression appears to be an efficient safeguard. The greatest danger nowadays for Brunello – and it is paradoxical, lies in the terroir. If you deny or depreciate its importance, the risk is to open the way to mediocrity, to tarnish the hard work of skilled craftsmen producing these pure and fine wines. We can also add to the equation a changing climate accentuating the complexity of the problem.

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Kerin O’Keefe has already underlined such dangers and the qualitative disparity of the terroirs in her brilliant book on Brunello di Montalcino. She also recently suggested to indicate the production zones on the labels to better understand the differences in wine expressions. A wise and clever proposal.

Yet, it may be recommended to be even more drastic if it is for the best of this Tuscan jewel.

A possible solution: reducing the surface under vine in the DOCG to preserve greatness? It seems impossible in a world where money is often more important than the truth of the glass. But after all, why not?