« Je le bois lorsque je suis joyeuse et lorsque je suis triste. Parfois je le prends quand je suis seule. Je le considère obligatoire lorsque j’ai de la compagnie. Je joue avec quand je n’ai pas d’appétit, et j’en bois lorsque j’ai faim. Sinon, je n’y touche jamais, à moins que je n’aie soif ». Le sens de la formule et une jolie pointe d’humour. L’esprit et la lettre. Quelques phrases, qui attestent d’un amour intemporel pour la finesse de la bulle Champenoise. Elisabeth Law de Lauriston-Boubers, dit Lily Bollinger ou Tante Lily pour les intimes, ambassadrice inspirée d’un vin, d’une marque et de toute une région viticole.

 

La craie champenoise peut saluer l’œuvre immense de cette femme à part, portée par sa flamme pour un vin, par sa générosité, son sens du devoir et son éthique du travail.

Lily Bollinger c’est tout d’abord le destin tragique d’une femme qui perd son mari bien trop tôt. Née en Touraine en 1899, elle épouse en 1923 Jacques Bollinger, qui dirige la maison Champenoise éponyme et déjà presque centenaire. Alors que la seconde guerre mondiale fait rage, en 1941, à seulement 42 ans elle doit faire face au décès de son mari. Madame Bollinger se retrouve donc seule et sans enfants, à la tête de cet institution Champenoise.

 

Pour autant la veuve Bollinger ne se laisse pas impressionner par la tâche et décide aussitôt de relever le défi, avec toute sa détermination. La guerre fait vite ressortir son courage et sa force de caractère.  Alors que la ville d’Aÿ est bombardée et partiellement détruite le 11 août 1944, Madame Bollinger ouvre les portes des caves de la maison afin d’abriter les Agéens. Elle donnera ensuite l’exemple en préparant personnellement les funérailles des victimes. Les liens avec tous les employés de la maison et tous les habitants de la ville se resserrent. Lily Bollinger inspire déjà le plus grand respect.

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Fort heureusement pour la maison Champenoise, les trésors pétillants enfouis dans les caves survivent aux canonnades et les vignobles sortent de la terreur guerrière pour une heureuse renaissance. Aussitôt la France libérée, Lily Bollinger, cycliste inconditionnelle, enfourche son vélo et parcoure inlassablement ses vignobles pour que son Champagne redevienne unique. L’histoire est en marche. Sur sa bicyclette bleue elle deviendra bientôt « the First Lady of France », surnom officieux vite adopté outre Manche et outre Atlantique.

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Elle sillonne l’Angleterre et les Etats Unis, pour donner à Bollinger l’aura et la reconnaissance. Une commerciale de luxe, armée de son charme et bien sûr de son Champagne. Un regard tourné vers l’ouest porté par les origines anglo-saxonnes de Lily Bollinger, écossaise de naissance, et surtout par sa volonté de voir la maison Champenoise devenir une marque internationale, un Champagne de référence. Les relations privilégiées entre la maison Bollinger et la couronne d’Angleterre se renforcent, en témoignent les 5ème et 6ème mandats royaux confirmés en 1950 par le roi Georges VI et en 1960 par la reine Elisabeth II. Un mandat royal qui trône toujours fièrement sur les flacons de la maison, puisque Bollinger reste fournisseur officiel au Palais de Buckingham.

En 1956, c’est au tour du héro de Ian Flemming et espion le plus célèbre de la planète, James Bond 007, de célébrer la bulle Bollinger pour la première fois. Une relation qui porte le sceau de l’élégance anglaise, confirmée film après film.

 

Pour autant, l’opus Champenois de Lily Bollinger ne s’est pas écrit dans les palais ou sur les écrans de cinéma mais bien dans le vignoble et dans le chai. Entre temps, la maison Champenoise s’est agrandie, avec l’acquisition de nouvelle vignes notamment dans le secteur d’Aÿ, berceau de Bollinger. Le style de la maison, fin et vineux, porté par le Pinot Noir, est devenu référence.

Dans un monde de rendement Lily Bollinger a aussi imposé l’utilisation d’une table de tri. Si l’ambition est de grandir, la qualité reste prioritaire.

 

La maison et la Champagne, lui doivent aussi le concept de récemment dégorgé, né en 1961 à travers cette nouvelle cuvée intitulée R.D.  Un vin qui vieillit sagement, au moins huit ans sur lies – le premier millésime, 1952, sera embouteillé neuf ans plus tard. Un R.D. vite porté au pinacle, dont la version 1973, sera dégorgée spécialement en mars 1981, afin de célébrer, quelques mois plus tard, le mariage du Prince Charles de Galles et de la Princesse Diana Spencer.

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En 1969, c’est au tour de la désormais mythique et confidentielle cuvée Vieilles vignes Françaises de voir le jour. Quelques centaines de bouteilles issues de parcelles francs de pied et composées exclusivement de Pinot Noir, ou la magie d’un champagne d’une incroyable profondeur.

Autant d’inspirations qui ne doivent rien au hasard.

 

En 1971, Lily Bollinger quitte la présidence de la maison, après 30 années de dévouement, de grandeur champenoise, de passion pétillante. Les 30 glorieuses portées par une grande dame de Champagne. La production a doublé, le style est ancré, la qualité est au sommet.

Peu avant son départ, Madame Bollinger reçoit un cadeau, pour ses 70 ans, de son importateur américain Richard Blum : une selle de vélo Hermès en crocodile, gravée LLB (Lily Lauriston Bollinger). Sa bicyclette bleue et cette selle non moins élégante font partie intégrante de la maison Bollinger. Une selle et un vélo, témoins discrets de cette grande époque, d’une reine de la Champagne et d’un destin exceptionnel.

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La bulle Bollinger pétille plus que jamais. Elle a su conserver cette élégance anglo-saxonne. Elle tapisse toujours notre palais et elle nous emmène sur une bicyclette bleue au cœur de la Champagne.

 

 

 

“I drink Champagne when I’m happy and when I’m sad. Sometimes I drink it when I’m alone. When I have company I consider it obligatory. I trifle with it if I’m not hungry and drink it when I am. Otherwise, I never touch it — unless I’m thirsty.” How to have a way with words and a nice touch of humor. Mind and phrasing. A few sentences, a tribute to timeless love for the finesse of the Champagne bubble. Elisabeth Law de Lauriston-Boubers, known as Lily Bollinger or Aunt Lily for the close friends, the inspired ambassador of a wine a brand and a whole vine growing region.

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Champagne’s chalk can praise this unique lady, moved by her passion for a wine, and who stood out for her generosity, her sense of duty and her work ethic.

The story of Lily Bollinger is first of all the tragic fate of a woman who lost her husband far too early. Born in Touraine in 1899, she married Jacques Bollinger in 1923, who was leading the eponymous and almost a hundred-year-old house of Champagne. As WW2 raged, in 1941, at only 42 years old, she had to face the death of her husband. Madame Bollinger found herself alone, with no child, and had to take the lead of the Champagne house.

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Yet, the Bollinger widow did not feel intimidated and immediately decided to rise to the challenge, with all her determination. War soon highlighted her courage and her strength of character. While the town of Aÿ was bombed and partially destroyed on August 11th, 1944, Madame Bollinger opened the doors of the house cellars to shelter the dwellers. She then set an example, when she decided to prepare the funerals of the victims herself. The link with all the employees of the house and all the inhabitants of the town were greatly strengthened. Lily Bollinger already inspired the greatest respect.

 

Fortunately for the Champagne house, the sparkling treasures lying in the cellars survived the cannonades, and the terror left the vineyards for a happy revival.

Right after the French Liberation, Lily Bollinger, an unconditional cyclist, rode her bike to tirelessly inspect her vineyards and make sure that her Champagnes became unique again. History was already on the move. On her blue bicycle, she was soon nicknamed « the First Lady of France », across the Channel and across the Atlantic.

 

She traveled all over England and the US to give Bollinger the aura and recognition it deserved. An elegant sales representative armed with her charm and her Champagne of course.

She looked towards the west, because of her Anglo-Saxon origins – Lily Bollinger was born Scottish – but above all motivated by her wish to see the Champagne house become an international brand, a wine of reference. The privileged relationship between the Champagne house and the English crown strengthened, as evidenced by the 5th and 6th royal awards, confirmed respectively in 1950 by King Georges VI and in 1960 by Queen Elisabeth II. A royal award still proudly mentioned on the bottles of the house as Bollinger remains an official supplier at the Buckingham Palace.

In 1956, it was time for Ian Flemming’s hero, now the most famous spy of the planet, James Bond 007, to celebrate the bubble of Bollinger for the first time. A relationship bearing the mark of English elegance and confirmed movie after movie.

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Yet, the opus of Lily Bollinger was not written in palaces or on movie screens, but rather in the vineyard and the winery. Meanwhile, the House extended its empire, through the purchase of new parcels, especially in the sector of Aÿ, the birthplace of Bollinger. The style of the house, elegant and vinous, carried by Pinot Noir, was becoming a benchmark.

In a world of yields, Lily Bollinger also imposed the use of a sorting table. If the ambition was to grow, quality remained the priority.

 

The house and all the region can also thank her for the concept of recently disgorged Champagne, born in 1961 through a new cuvée named R.D. A wine ageing quietly, at least eight years on lees – the first vintage (1952) was bottled nine years later. An R.D. soon praised to the sky: the 1973 was disgorged especially in March 1981, to celebrate a few months later, the wedding of Prince Charles of Wales and Princess Diana Spencer.

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In 1969, it was time for the now mythical and highly restricted cuvée Vielles Vignes Françaises to see the light. A few hundred bottles produced from parcels of ungrafted vines and composed exclusively of Pinot Noir. The magic of a Champagne of incredible depth.

So many inspirations, owing nothing to coincidence.

 

In 1971, Lily Bollinger decided to leave the presidency of the house, after 30 years of dedication to the greatness of Champagne , of sparkling passion. Thirty glorious years, thanks to a great lady of Champagne. When she left, production had doubled, the style was well-anchored, the quality was at its zenith.

Before her departure, Madame Bollinger received a gift, for her 70th birthday, from her American importer Richard Blum: a crocodile bike saddle, signed by Hermès, and engraved with the initials LLB (Lily Lauriston Bollinger). Her blue bicycle and the equally elegant saddle are part of the house Bollinger. A saddle and a bike, the discrete witnesses of a great period, of a queen of Champagne, of an exceptional fate.

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Bollinger’s bubble sparkle more than ever. It has retained this Anglo-Saxon elegance. It still covers our palate and takes us, on a blue bike, to the very heart of Champagne.