Structure et velouté, concentration et charme, subtilité épicée et puissance tellurique. Comment définir ce climat Bourguignon au profil tellement complexe ? Dual, multi-facette, pluriel et pourtant constant, autant de qualificatifs qui pourraient être utilisés pour décrire le Gevrey-Chambertin 1er cru Clos Saint-Jacques.

 

L’histoire de ce climat distinctif en dit déjà long sur son potentiel qualitatif.  Les cartes cadastrales de 1828 font déjà apparaître un lieu dit Saint-Jacques, beaucoup plus petit à l’époque et couvrant exclusivement la partie haute de la parcelle actuelle.

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En 1855 dans l’ouvrage du Dr Jules Lavalle, Histoire et statistique des grands vins de la Côte d’Or, le climat a pratiquement sa taille actuelle, 6,52 hectares contre 6,7 hectares aujourd’hui.

La clairvoyance du Dr Jules Lavalle est évidente, à la lecture de ses descriptifs et commentaires tant pour Gevrey-Chambertin dans son ensemble que pour le Clos Saint-Jacques. Celui est alors classé Première cuvée de finage au côté du Ruchotte (du dessus) ou des Charmes (dessus) entre autre, alors que seul le Chambertin (Clos de Bèze compris) aura droit au rang suprême de Tête de cuvée. Les mots du Dr Lavalle sont en effet justes et précis : « le caractère général et distinctif de tous les vins de Pinot de Gevrey est la fermeté et le corps (…). La première cuvée de finage a un cachet de grand vin ».

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En 1920, (Camille Rodier – Le Vin de Bourgogne, la Côte d’Or), le climat semble avoir de nouveau perdu sa partie basse, puisque la surface mentionnée est réduite à quelques 2,6 hectares. Il se pourrait en effet que la partie basse de la parcelle n’est pas toujours été un secteur viticole et que c’est la luzerne qui y avait trouvé refuge au début du 20è siècle.

 

Quoi qu’il en soit, cela semble évident aujourd’hui, c’est la complexité géologique et microclimatique de ce clos dans son ensemble qui contribue à lui conférer cette profondeur, cette plénitude et cette pérennité qualitative. 6,7 hectares dans une enceinte de pierre, au cœur de la Combe de Lavaux. Une parcelle qui doit son nom à la statue de Saint-Jacques et à la Chapelle qui lui est dédiée, vestiges ou témoins d’un lieu-dit viticole sur la route de Saint-Jacques de Compostelle.

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Au début du 20ème siècle le climat appartient à la famille Serre. Marcelle Bousserot Duclos descendante de la famille hérite d’une partie de la parcelle et se marie avec le Comte de Moucheron, qui décide en 1949 de compléter cette acquisition en rachetant le restant de terre qui compose le clos. La parcelle devient donc monopole et le restera jusqu’en 1954.

Entre temps, en 1936, l’INAO (Institut National de l’origine et de la qualité) est passé par là, a posé son tampon, estimé le potentiel qualitatif de chaque lieu-dit et classé les climats de l’appellation.

En relisant l’histoire de ce clos désormais célèbre, l’attribution du statut de Grand Cru semble évidente. Il n’en sera pourtant rien. Le Comte de Moucheron, fervent royaliste ne souhaitait pas cautionner une classification des terroirs établies par des républicains ? Jasper Morris raconte dans son livre Inside Burgundy (2010) que le Comte n’avait en fait même pas rempli la demande pour prétendre au statut de grand cru et avait fait preuve d’un mépris certain pour les juges, en allumant une cigarette pendant les délibérations. C’est probablement une grande partie de l’explication. L’INAO avait quoi qu’il en soit choisi de ne classer en Grand Cru que des climats qui jouxtaient le Chambertin et le Chambertin Clos de Bèze. Point de Clos-Saint-Jacques donc.

Pour autant les amateurs ne s’y tromperont pas, si le rang n’est pas officiel, le potentiel qualitatif ne se juge pas dans les classements mais bien dans le verre.

 

En 1954 la parcelle est donc vendue et divisée entre plusieurs propriétaires. Cinq ont aujourd’hui l’honneur (et le plaisir) de porter haut les couleurs du clos : les domaines Sylvie Esmonin, Armand Rousseau, Bruno Clair, Louis Jadot et Fourrier. Particularité notable, les cinq propriétaires possèdent des parcelles qui jalonnent le lieu dit du sommet à la base, bénéficiant donc des variations géologiques et des subtilités micro climatiques du clos.

 

Au delà de l’histoire et de la reconnaissance, qu’est ce qui donne au Gevrey-Chambertin 1er cru Clos Saint Jacques ce supplément d’âme ? Une grande complexité géologique tout d’abord : sols peu profonds d’argiles et de marnes blanches dans la partie haute qui apportent densité et matière, calcaires du Bajocien dans la partie centrale garants de ce surplus d’élégance, et calcaires de Premeaux dans la partie basse qui amènent un complément de structure et de tension. Le microclimat du clos est une autre composante de l’équation. L’altitude, 275 à 300 mètres (comme un certain Chambertin Grand cru), l’exposition sud-est, l’ensoleillement optimal et l’influence fraîche de la Combe de Lavaux, autant de facteurs qui contribuent au scintillement unique de ce cru.

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De brillants interprètes pour finir, les domaines Rousseau et Fourrier en tête, qui arrivent à délivrer la subtilité et la profondeur aromatique des raisins produits dans cette enceinte privilégiée. Une terre, un sol, le ciel et un guide pour que le climat exprime tout son potentiel, sa densité et sa grâce.

 

La Bourgogne est riche d’exceptions, de vérités historiques et de paradoxes portés par des classements parfois discutables. Le Gevrey-Chambertin 1er cru Clos Saint-Jacques est un grand seigneur Nuitons, il regarde le levant avec une stature indéniable, une autorité naturelle. Pourtant derrière cette force brute, il conserve sa douceur suave et sa grande générosité.

 

 

Structure and smoothness, concentration and charm, spicy subtlety and telluric power. How can we define a Burgundy climat with such a complex profile? Dual, multi-faceted, plural and yet consistent, so many terms that could be used to describe the Gevrey-Chambertin 1er Cru Clos Saint-Jacques.

 

The history of this distinctive climat reflects its qualitative potential. A Saint-Jacques plot was already present on the cadastral maps of 1828, but the smaller surface mentioned suggests it covered at that time only the highest part of the parcel.

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In 1855, in the book by Dr Jules Lavalle entitled Histoire et statistique des grands vins de la Côte d’Or, the climat had almost its current size: 6,52 hectares instead of 6,7 hectares today.

Dr Jules Lavalle’s perspicacity is obvious when you read his descriptions and comments both for Gevrey-Chambertin broadly speaking and for the Clos Saint-Jacques. It was classified in the book “Première cuvée de finage” along with the Ruchotte (du dessus) or the Charmes (dessus) among others, while the sole Chambertin (Clos de Bèze included) had the right to the supreme rank of “Tête de cuvée”. Dr Lavalle’s words are correctly chosen and very accurate: « the general and distinctive characteristics of the Pinot-based wines of Gevrey are body and firmness (…). The première cuvée de finage have the cachet of a great wine ».

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In 1920, (Camille Rodier – Le Vin de Bourgogne, la Côte d’Or), the climat seems to have, once again, lost its lower part. The surface mentioned is reduced to 2,6 hectares. It is likely, in fact, that the bottom sector of the climat was not always a viticultural field. Lucerne (alfalfa) is said to have found refuge in this part of the parcel in the early 20th C.

 

However, it is clear today that it is the geological and microclimatic complexity of this enclosed vineyard as a whole which contributes to the depth, the fullness and the qualitative consistency of the wines produced there – 6,7 hectares surrounded by a stone wall, in the heart of the comb of Lavaux. The parcel owes its name to the statue of Saint-Jacques and to the chapel dedicated to him, the vestiges of a viticultural plot located on the road of Saint-Jacques of Compostelle.

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At the beginning of the 20th C, the climat belonged to the Serre family. Marcelle Bousserot Duclos, a descendant of the family, inherited a part of the parcel and then married the Comte of Moucheron, who decided in 1949 to complete the plot and to purchase the rest of the land composing the clos. The vineyard became and remained a monopoly until 1954.

A few years before, in 1936, the INAO (Institut National de l’origine et de la qualité) had assessed the qualitative potential of all Burgundy vineyards and classified the climats. When you re-read the history of this now famous plot, the Grand Cru status seems obvious. Yet, it was not the case. History has it that the Comte of Moucheron, a fervent royalist, did not want to support a terroir classification established by Republicans. Jasper Morris MW relates in his book Inside Burgundy (2010) that the Comte “did not deign to fill the form to apply for Grand Cru” and even “alienated the tribunal by sneering at such bodies and lighting a cigarette, which he was then obliged to smoke outside while the deliberations took place (…)”. It may be a part of the explanation.  However, the INAO had decided that only the climats adjoining the Chambertin and the Chambertin Clos de Bèze would be classified as Grand Cru. Thus, no Clos Saint-Jacques.

Yet, the amateurs will not be cheated, if the rank is not official, the qualitative potential cannot be judged by classifications but rather in the glass.

 

In 1954 the parcel was sold and divided among several owners. Today five have the honour (and the pleasure) to bear the colours of the clos: the domaines Sylvie Esmonin, Armand Rousseau & Fils, Bruno Clair, Louis Jadot and Fourrier. A noteworthy distinctive feature: the five owners own strips running from the top to the bottom of the plot; parcels which thus benefit from the geological and micro-climatic subtleties of the clos.

 

Beyond history and recognition, what gives the Gevrey-Chambertin 1er Cru Clos Saint Jacques its extra touch of greatness. First, a great geological complexity: narrow clay and white marl-based soils in the highest part, bringing depth and density, Bajocian limestone in the middle part which grants the additional elegance, and limestone of Premeaux in the lowest part adding structure and tautness.  The microclimate of the clos is another component of the equation. The altitude – 275 to 300 meters above sea level (as a certain Chambertin Grand Cru) – the south-east ideal exposure, and the cooling influence of the Comb of Lavaux, are indeed as many factors contributing to the unique brightness of the cru.

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Lastly, brilliant interpreters – notably the domaines Rousseau and Fourrier – who deliver the subtlety and the aromatic depth of the grapes produced in this privileged enclosed land. A land, a soil, the sky, a guide, so that the vineyard can express its full potential, its density and its grace.

 

Burgundy offers plethora of exceptions in its classification, of historical truths, of paradoxes, calling for debates. The Gevrey-Chambertin 1er Cru Clos Saint-Jacques is a great lord of the Côte de Nuits. It faces the Levant with undeniable stature, natural authority. Yet, behind this raw strength, it keeps its sweet smoothness and its great generosity.