Un grand porche électrique s’ouvre sur un vaste parking entouré de fleurs multicolores. Nous faisons face au bâtiment principal, imposant par sa taille quoique relativement sobre. Une construction plutôt contemporaine où le ciment et la pierre apparente combinent avec de vastes baies vitrées. A flanc de colline, l’Azienda Vitivinicola Giacomo Conterno semble comme posée sur une plate forme, un promontoire, et regarde la vallée et ses vignes en fleurs. Un lieu où naissent certains des flacons les plus commentés et les plus convoités du Piémont.

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Lorsque l’on pénètre dans le bâtiment la première chose qui saute aux yeux c’est la propreté. Tout est à sa place, rien ne dépasse, comme si on avait méticuleusement décidé de chaque détail.

La grande salle de dégustation est à l’image de l’impression extérieure, spacieuse et pourtant presque dépouillée. Une grande table en bois au centre, avec pour seule compagnon de fortune une carte des crus de l’appellation, délicatement posée à une extrémité. Quelques jolis verres de dégustation sur une étagère et de glorieux vieux millésimes du domaine. Propre, net, presque minimaliste.

 

Dans l’immense pièce attenante, la ligne d’embouteillage. Encore une fois, quelle propreté, tout est reluisant, brillant, impeccable. C’est ici que les quelques 70 000 flacons du domaine sont mis en bouteille chaque année en juin. 70 000 bouteilles pour 23 hectares en superficie, c’est dire la recherche de distinction et de pureté. Ici on ne lésine pas avec l’exigence, on ne garde que le meilleur. Nous sommes plus de 50% en dessous des rendements maximums autorisés tant pour les Barolos que les Barberas.

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Un grand escalier nous emmène au sous sol où se trouve la cuverie et le chai. A nouveau, de très grandes pièces où les Tine (grandes cuves bois) et les Botti (grands foudres anciens) nous font face, parfaitement installées le long des murs, côte à côte. Il y a une forme de gravité, quelque chose de solennel, une atmosphère presque sévère, comme une cérémonie dans ce monde de pureté et de précision.

Les Botti traditionnelles signées Garbelotto bien sûr, sont accompagnées par des Stockinger, Rolls Autrichiennes en terme de foudre qui, avec leur bois plus clair, ajoutent à cette empreinte nette, cette atmosphère dépouillée, cette impression d’ordre et de sérieux.

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Roberto Conterno, notre hôte est lui aussi d’une précision chirurgicale quand il parle tant des vinifications que de l’élevage. Chaque cuvée embouteillée est le fruit de décisions claires, de choix assumés. Si les cuvaisons sont plutôt longues, nous sommes loin des quelques trois mois pratiqués par certains anciens. Deux semaines pour les Barbera, trois à quatre semaines pour les Barolo. L’extraction quant à elle, doit rester douce. On privilégie tout d’abord les remontages pour ne pas durcir les vins. Les rares pigeages n’interviennent qu’en toute fin de vinification.

 

Roberto Conterno nous avoue sans détour, qu’après quelques 10 ans de recherche sur les levures, il a isolé des souches du domaine, désormais cultivées en laboratoire (et même commercialisées), pour minimiser les risques et assurer la pureté du résultat.

 

Après les vinifications place ensuite à la patience. La précipitation n’a aucune place ici. L’élevage doit affiner lentement, dompter, patiner, créer la symbiose finale. Deux ans pour le Barbera, 4 ans pour les Barolo Cascina Francia et Ceretta et 7 ans pour le Barolo Monfortino Riserva lorsque celui ci est produit.

 

La dégustation qui suit arrive comme une confirmation. La précision est évidente. Les vins sont d’une grande pureté. S’ils sont tout d’abord marqués par leur équilibre, ils ont aussi cette stature, cette droiture et cette délicatesse.

 

Nous démarrons par les deux Barbera, l’historique Cascina Francia et la parcelle plus récente (au domaine) Ceretta.  Le premier s’exprime sur les fruits noirs acidulés (la myrtille, la cerise noire) et le floral. Le second est plus riche au nez, plus en puissance et en concentration. La noblesse est là malgré le difficile millésime 2014 qui marque tout de même les finales d’une petite amertume.

 

Nous passons ensuite aux Barolos et je dois admettre que les superlatifs sont totalement justifiés. Nous sommes aussi assurément gâtés par le jeu des millésimes, puisque nous démarrons sur le Barolo Cascina Francia 2012, année particulièrement élégante et séduisante même dans sa prime jeunesse. Roberto Conterno a, qui plus est, décidé de ne pas produire de Monfortino sur ce millésime, cette cuvée est donc quelque peu ennoblie. Le vin est très pale avec cette teinte orangée caractéristique du cépage. Le nez est d’une grande subtilité, floral, griotte, et le toucher de bouche est soyeux. La finale bien que très longue arrive comme un retour de structure, avec des tannins fins mais crayeux et marqués. Un enfant qui dévoile déjà un charme certain.

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A l’image du Barbera, le Barolo Ceretta est plus concentré, moins floral, il y a presque une sucrosité dans l’expression olfactive. Le fruit mûr s’impose plus que la fleur.  La bouche est elle aussi plus sérieuse, plus serrée. Les tannins sont plus larges, plus épais et encore très présents. Un vin qui doit s’assagir. « Cerreta est un vin plus frontal, alors que Cascina Francia est un vin plus latéral » explique Roberto Conterno. « Pourtant nous faisons exactement la même chose au domaine pour les deux vins, la différence c’est l’expression des terroirs ».

 

Nous clôturons cette dégustation par le Barolo Monfortino Riserva 2010. Le nez est une ode au grand Nebbiolo, sur des notes balsamiques, florales, mentholées. La texture est à la fois dense et crémeuse, les tannins sont puissants et pourtant intégrés, ils s’expriment sans dureté. La puissance est domptée par la délicatesse. La finale est très longue. Une vin noble, aristocratique.

« Monfortino est comme une route. Beaucoup de choses doivent contribuer au résultat final, apporter cette complexité, cette synthèse et ce du vignoble au chai. Je recherche chaque année cette combinaison entre profondeur, structure, toucher de bouche crémeux et élégance. Si je ne le retrouve pas dans le vin alors je ne produis pas de Monfortino ». Le résultat est éloquent.

 

Après cette visite et cette dégustation nous reprenons notre route Piémontaise, le palais enchanté par ces très grands vins. Si l’austérité apparente, l’ordre et la précision sautent au yeux et ajoutent à la solennité et à la rigueur sobre du domaine, l’émotion vient ici du flacon et il faut reconnaître qu’une fois le verre rempli, le doute n’est plus permis.

 

 

A large electric entrance porch opens on a vast parking lot surrounded by multi-coloured flowers. We are facing the main building, sober though quite impressive and imposing. A rather modern construction, in which cement and exposed stone combine with vast bay windows. The hillside winery, the Azienda Vitivinicola Giacomo Conterno is lying on its platform, perched on its promontory, and overlooks the valley and its vines in blossom. A place giving birth to some of the most commented and sought after Italian wines.

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When you penetrate in the building the first thing that you notice is the extreme cleanliness. Everything is at its place, nothing pokes out, as if every detail had been meticulously decided.

The large tasting room reflects the first impression, spacious and yet almost pared down.

A big wooden table lies in the centre, with a map of the Barolo crus carefully placed at one end – the only ornament. A few tasting glasses on a shelf along with glorious old vintages of the estate. Clean, accurate, almost minimalist.

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In the huge adjacent room, you can find the bottling line. Once again, spanking clean, so neat, shining, impeccable. This is where the 70 000 bottles of the estate are bottled every year in June.

70 000 bottles for 23 hectares, two figures highlighting the ambition for distinction and purity. Here only the very best is kept, quality is more than a requirement. The yields are more than 50% below the maximum authorised both for the Barolos and the Barberas.

 

A large staircase takes us to the basement where we discover the vat house and the cellar. Again, very large rooms in which the Tine (big oak vats) and the Botti (old large casks) are perfectly ordered, along the walls, side by side. There is a sort of solemnity here. The atmosphere is almost formal, severe. It is like a wine ceremony in this world of purity and precision.

The traditional Botti signed by Garbelotto of course, share the limelight with the Stockinger, the Rolls of the Austrian casks. With their clearer oak they add to this neat trademark, to this pared down atmosphere, to this impression of order and of seriousness.

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Roberto Conterno, our host also displays surgical precision when he speaks both of the vinification and of the ageing. Each bottled cuvée is the fruit of clear choices, of carefully calibrated decisions.

If the vattings can be long, we are far from the three months advocated by certain elders. Two weeks for the Barberas, three to four weeks for the Barolos. Extraction must remain gentle. Pumping over is favoured to avoid harshness. The rare punching down operations occur at the very end of the vinification.

Roberto Conterno frankly admits that, after 10 years of research on yeasts, he has isolated strains from the estate now cultured in laboratory (and even commercialised) to minimise the risks and promote the purity of the wines.

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After the vinification, patience is the key word. Haste has no place here. The ageing will slowly polish, burnish, create the final symbiosis. Two years for the Barberas, 4 years for the Barolo Cascina Francia and Ceretta and 7 years for the Barolo Monfortino Riserva when it is produced.

 

The tasting comes like a confirmation. Precision is evident. The wines have great purity. They are firstly marked by their perfect balance, but they also have this stature, this rectitude and meanwhile true delicacy.

 

We start with the two Barberas, the historical Cascina Francia and the more recently produced Ceretta. The first delivers a subtle tart-fruit (blueberry, black cherry) perfume. The second is richer on the nose, more powerful and concentrated. Nobility is there for both wines, despite a complicated vintage 2014, though I can notice a little bitterness on the aftertaste.

 

Then it is time for the Barolos and I must admit that the superlatives are totally justified. We are also spoilt by the game of vintages as we start with the Barolo Cascina Francia 2012, a particularly elegant and seducing year even in its prime youth. Roberto Conterno has also decided not to produce a Monfortino for this vintage so this cuvée is a little ennobled.

The wine is very pale, with this characteristic Nebbiolo brick hue. The nose is very subtle, with rose and morello cherry notes, while the mouthfeel is silky. The finish, though very long, comes like a return of structure, with thin but chalky tannins. An already very charming young child.

 

As for the Barbera, the Barolo Ceretta (in the same vintage) is more concentrated, less floral. It has almost a sweet-flavoured nose. The fruit seems riper and rounder. The palate is more serious and tighter at that stage. The tannins are thicker and still very pronounced. Time will help and will tame this powerful tannic frame.

« Ceretta is a frontal wine while Cascina Francia is more lateral » explains Roberto Conterno. « Yet we do exactly the same for both wines, the difference lies in the expressions of the two terroirs ».

 

Then it is time for the grande finale, the tasting of the Barolo Monfortina Riserva 2010. The nose is an ode to the great Nebbiolo, with balsamico, floral and minty notes. The texture is dense, creamy, the tannins are powerful yet integrated, neither coarse nor overly drying. The power is mastered by the elegance. The finish is extremely persistent. A noble, aristocratic wine. « Monfortino is like a road. It is a sum of elements, adding to the complexity of the wine from the vineyard to the winery. The wine must be a synthesis. Every year I look for this combination of depth, structure and I want this creamy mouthfeel, this elegance. If I don’t find it in the wine, then I don’t produce the Monfortino ». The wine speaks for itself.

 

After this visit and tasting, I hit Piemontese road again, my palate covered and thrilled by these great wines. If there is austerity at first, if order and precision are eye-catching and add to the solemnity and the sober severity of the estate, the emotion comes here from the wine and I must admit that once the glass is filled, there is no more doubt.