Comment obtenir la reconnaissance du monde du vin ? L’intérêt du marché pour une région viticole, un cépage ou un type de vin fluctuent au fil du temps. Une mode, une image écornée, un fait de l’histoire et c’est une région entière qui tousse pendant que sa voisine gagne les faveurs du public.

1395, Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne, fervent défenseur des vins de sa région, prend une décision lourde de sens, lorsqu’il banni le déloyal Gamay pour mettre en lumière un seul cépage rouge, le Pinot Noir. Notre déloyal compagnon viticole vois donc sa destinée Bourguignonne stoppée nette et découvre un autre refuge, non loin de là, sur les collines granitiques des monts du Beaujolais. Il faut dire que le panorama est époustouflant et que ce nouveau foyer est bien plus accueillant pour notre joli raisin rouge.

Sunrise at Beaujolais vineyard

Oui mais voilà, malgré un terroir qui peut transcender, malgré une force vive et un potentiel ampélographique certain, l’ascension vers les étoiles de notre Gamay et des vins du Beaujolais se fait longtemps attendre.

Tandis que la sublime des vins Bourguignons et Bordelais était vantée aux quatre coins du monde, portée par des poètes et écrivains, d’Ausone à Lamartine, par des figures historiques d’Aliénor d’Aquitaine à Napoléon et même prescrit par de célèbres médecins, Guy-Crescent Fagon en tête, le Beaujolais rongeait son frein.Lorsque l’Europe du vin relève enfin la tête, après l’arrivée des maladies cryptogamiques, le fléau du phylloxera et la crise des années 1930s, le Beaujolais est encore dans l’ombre.

Que dire, qui plus est de ce vin Nouveau, célébré un jeudi de novembre et vendu pour quelques pièces dans les échoppes bachiques, si ce n’est qu’il a lui aussi eu raison d’une reconnaissance attendue. Faire vite pour faire vendre, à minima mais la trésorerie rentrera et le volume se fera. Soit. Une vision à court-terme, lucrative un temps, et ensuite de nombreuses difficultés en perspective et une image à reconstruire.

Affiche / flyer Beaujolais Nouveau 2014

Pourtant, si le Beaujolais a traîné bien longtemps le boulet de l’histoire, le fardeau de décisions hâtives et d’ambassadeurs peu inspirés, a pâti du trop de succès de ses voisins, il semblerait que son heure est enfin sonnée. Ce vin de bistrot, joyeux et jovial est entrain de trouver la reconnaissance. Vin de bistrot, pourquoi pas, mais quand on s’en donne les moyens, le Gamay peut chanter comme ses plus illustres cousins.

Fort d’une consommation de vin Française qui baisse, d’un mouvement qui privilégie donc le meilleur à l’abondant, d’une émulation régionale positive, d’un enthousiasme vertueux, d’une inflation tarifaire devenue parfois déraisonnable dans des régions limitrophes, le petit vin de copain, sympathique mais parfois un peu simple, a compris qu’il pouvait prendre son envol et aller chercher la complexité, l’élégance, la pureté et pas seulement le fruit.

 

Si certains étaient déjà convaincus, l’histoire devrait enfin leur donner raison. Fort de vignerons installés, Claude Geoffray, Marcel Lapierre, Paul Janin et bien d’autres, mais aussi de nouveaux venus en terre Beaujolaise que ces terroirs granitiques ont justement inspirés, comme Thibault Liger Belair ou Antoine et Maxime Graillot, la région est prête à embrasser son destin.

 

J’ai quelques souvenirs d’agapes fastueuses accompagnées par quelques vieux flacons Beaujolais, signés de main de maître par quelques talents visionnaires de la région, où le verre venait nous rappeler combien ces vins peuvent être grands. Il est parfois difficile même pour les dégustateurs les plus doués, de distinguer un grand Fleurie d’un Chambolle-Musigny ou un Moulin à Vent d’un Volnay, lorsque le temps a fait son travail.

 

Alors que la spéculation bat son plein, que les bouteilles les plus rares deviennent des produits de luxe, le Beaujolais est une des régions de demain. Le plaisir est là, le prix, s’il devient coquet, n’est pas encore délirant et ça n’est à mon sens que le début de cette belle envolée.

Du haut de ses collines, avec son regard tendre et sa douceur suave, son fruit profond et sa fraîcheur, le Gamay nous regarde aujourd’hui droit dans les yeux. Il est enfin prêt à donner le meilleur de lui même et mérite nos applaudissements.

 

 

 

 

How to gain recognition in the world of wine? The global market’s thirst for a vine-growing region, a grape variety or a style of wine can fluctuate over time. A trend, a tarnished image, a historical fact and it is a whole region that can be snubbed while its neighbours will be acclaimed.

In 1395, Philippe the Bold, Duke of Burgundy, an enthusiastic defender of the wines of his region, took a decision fraught with consequences when he banned the disloyal Gamay from Burgundy to favour one only red grape variety, Pinot Noir. With no future in the region, Gamay was forced to find refuge not far from there, in the granitic hills of Beaujolais. One could say that the panorama in this region is breathtaking and that this new home was finally much more welcoming for our lovely red varietal.

Vignoble du Beaujolais en automne

Surely, but despite the terroir and the driving force in this new home, and despite its ampelographic potential, Gamay and more broadly speaking the wines of Beaujolais have long waited before the take-off for the stars.

While the race and the poise of the wines from Burgundy and Bordeaux were praised all over the world, by poets and writers, from Ausone to Lamartine, by historical figures, from Eleanor of Aquitaine to Napoleon and even prescribed by famous physicians such as Guy-Crescent Fagon, Beaujolais was champing at the bit. When the Old World bounced back after the successive scourges – the powdery mildew, the downy mildew, phylloxera and the Great Depression – the Beaujolais remained in the shadow.

Furthermore, what can we say of this « Vin Nouveau », celebrated one Thursday in November and sold for a few pennies in Bacchic taverns? Not much, except that it clearly did not help in the quest for recognition. Everything done quickly to make a sale, to look for volume and cash flow. A short-term vision, hardly lucrative in the end, leading to the bust, with an image to rebuild.

Beautiful set with detailed image of wine and cheese

Yet, if the Beaujolais has long carried the burden of History, of hasty decisions and non-inspired ambassadors, has suffered from the success of its neighbours, it seems that its time has finally come. The tavern wine, joyful and jovial, is gaining recognition. Tavern wine, why not, yet, if you decide to shoot for the moon, Gamay can sing in your glass as much as its most famous cousins.

Wine consumption is decreasing in France, with consumers favouring quality over abundance. Meanwhile, the positive emulation in Beaujolais, the virtuous enthusiasm of a few talented wine producers, correlated with unreasonable price inflation in certain other wine lands, has served the cause of the region. The friendly wine, pleasant but sometimes a bit straightforward has understood that it could leave the nest and look for complexity, elegance, purity and not only for fruit expression.

 

If some were already convinced, history proved them right. Both gifted elders, such as Claude Geoffray, Marcel Lapierre, Paul Janin and many others, but also inspired newcomers such as Thibault Liger-Belair or Antoine and Maxime Graillot are proving that the region is ready to embrace its destiny.

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I have a few memories of suspended moments of tastings, of great meals with very old Beaujolais wines, signed by visionary producers of the region. During such dinners, the glass was singing and reminding us how racy such wines can be. It is sometimes difficult even for the most skilled tasters to distinguish a delightful Fleurie from a Chambolle-Musigny or a Moulin à vent from a Volnay when the time has tamed those nectars.

 

Whilst speculation is in full swing, and rare bottles are becoming luxury goods, the Beaujolais is the future. The pleasure is there, the price, even if it becomes less piddling, is far from being insane. It is only the beginning of the Beaujolais’s take-off.

From the top of its hills, with its friendly expression, its smooth texture, its deep fruit and its freshness Gamay is looking us right in the eye. At last, it is ready to give its best and deserves a round of applause.