Success or oblivion, light or shadow, the story of the grape varieties, of their golden age and their slump, is a long saga with twists and turns. Ampelographic characteristics, commercial potential, styles and trends, so many criteria taking part in the prestige and the visibility of a grape variety during a given period. The somewhat chaotic story of Viognier – seducing numerous consumers nowadays with its pronounced aromatic profile – perfectly illustrates the fickle nature of the world of wine. This world in which everything can change swiftly and dramatically, in which a style and grape variety can once be acclaimed and then soon be abandoned.

Vendange

 

According to the legend, Emperor Probus, a genuine wine lover, is said to have brought with him this grape variety with its floral noblesse and its violet aromas into its current land, the Northern Rhone. One thing is for certain, this Roman Emperor – a fine gourmet – has been a viticultural benefactor. We have to thank him for the abolishment in 276 of the edict of Domitian – prohibiting the planting of grapes in Gaul to favour the Roman viticulture – and thus for restoring a part of the status of the future French vineyard. He helped the French viticulture driven by his passion for wine and convinced of the quality of the terroirs in Gaul. He had also understood the magic of Viognier in Northern Rhone, notably on his “cherished slope” (in French “coteau chéri”). The parcel still exists today and is now called Chery. It lies in the heart of Condrieu and it still expresses with panache the perfume of master Viognier.

This is a charming story. However, if Probus may have identified and understood the charm of certain future great Northern Rhone terroirs, the fact that he brought the grape variety in his luggage is far less likely.

The first texts mentioning Viognier with certainty date from the late 18th century, when Faujas de Saint-Fond wrote precisely about the grape varieties used in Northern Rhone (1781-l’Histoire Naturelle de la Province du Dauphiné).

VIGNES A CONDRIEU

 

The more recent Rhone or Alpine origin of the grape is far more credible. DNA analyses performed at the University of Davis have established its genetic relationship with both the Mondeuse Blanche and Freisa (a close relative of Nebbiolo) two children of the French and Italian Alps.

Nevertheless, it seems clear, with regards to the numerous writings which followed, that the potential of seduction and the aromatic distinction of our grape variety were soon recognised and lauded.

 

Yet, if our Viognier won its place under the sun in the 18th century, its recent history was far more challenging, especially in the middle of the 20th century. If the precise figures are still being argued about – some speak about 6 hectares, others of 14 – one thing is for sure, Viognier was shrivelling during the early 1960s. How can we explain the light and then the shadow, this period of obsolescence for our nice Viognier, which certainly did not deserve that?

It is not simple to answer precisely because the trends of the wine market are sometimes hard to grasp. Nevertheless, we will try to find a few elements of explanation.

 

First of all, we have to recall that if the greatness of the white wines of the Rhone is now established, for a long time selling red wines in the region was much easier. The elder often relate that the use of white grapes blended with Syrah in Northern Rhone was firstly a clever trick aimed to sell them.

Furthermore, if it was less complicated to sell the red wines, viticulture was not at the time, in the region, a guarantee of prosperity and thus, polyculture was still widespread. It seems far now, but only a few decades ago, apricot and peach were almost more profitable than fermented grapes even in Condrieu.

The globalisation of the grape varieties and broadly speaking of the viticultural production was also still in its infancy.

Last, Viognier has certain ampelographic characteristics adding to the challenge of the winegrower and resulting in uneven and often very low yields: early budburst and thus a higher risk of spring frost damage, infertile (or not very fruitful) basal buds, high susceptibility to coulure and particular sensitivity to powdery mildew.

Oidium sur baie

When the slopes are already very steep, the demanding and fussy nature of Viognier can cause further frustration.

 

Fortunately, for ampelographic and wine diversity, for history and our palates, the violet, orange blossom and apricot aromas are singing again today in our glasses of Condrieu but also through other expressions of Viognier from other vineyards.

Thanks to a few brilliant Viognier resistance fighters, led by Georges Vernay soon followed by Louisa Rose, Charles Back or Neil MacCallum to name only a few, the grape has recovered. With 11 400 hectares planted in the world (Kym Anderson 2013 – Which Winegrape Varieties are Grown Where?) – placing Viognier only at the 61st rank in terms of planted surface – Viognier has survived and is back in the limelight. In spite of the viticultural challenge it can represent, the grape is once again a pride for many producers and a pleasure for numerous consumers. Alleluia, long live Viognier, welcome back, carry on so that we can still taste the difference.

 

 

 

 

 

 

Le succès ou l’oubli, la lumière ou l’ombre, l’histoire des cépages, de leurs âges d’or et de leurs passages à vide est un long feuilleton, jalonné de péripéties. Caractéristiques ampélographiques, potentiel commercial, styles et tendances, autant de critères qui participent au prestige et à la visibilité d’un cépage à une période donnée.

L’histoire quelque peu chaotique du Viognier, dont l’aromatique prononcée séduit aujourd’hui nombre de consommateurs, illustre à merveille la nature éphémère du monde du vin. Ce monde où tout va parfois très vite, où tout peut basculer, où un style et un cépage peuvent être tantôt adulé, tantôt délaissé.

viognier

La légende raconte que l’Empereur Probus, grand amateur de vin aurait emmené avec lui ce cépage à la noblesse florale et aux arômes de violette pour l’implanter dans son désormais fief rhodanien.  Cet empereur romain, fin gourmet et fin dégustateur, fut quoi qu’il en soit un bienfaiteur viticole. Nous lui devons en effet d’avoir aboli en 276 l’édit de Domitien – qui avait imposé l’arrachage de nombreux vignobles Gaulois afin de privilégier la viticulture Romaine – redonnant ainsi une part de sa superbe au futur vignoble Français. Poussé par sa passion pour le vin et sa finesse de jugement quant à la qualité des terroirs Gaulois, il aurait donner ce petit coup de pouce au destin viticole Français. Il aurait aussi dit-on, compris la magie du Viognier en Rhône septentrional, notamment dans son « petit coteau Chéri ». Une parcelle toujours existante, aujourd’hui orthographiée Chery, qui trône au cœur de l’appellation Condrieu et continue d’exprimer avec brio le parfum de maître Viognier.

Une bien belle histoire. Quoi qu’il en soit, si Probus a peut-être identifié ou été charmé par de futurs grands terroirs rhodaniens, qu’il ait emmené le fameux cépage dans ses bagages est nettement moins probable. Les premiers textes qui mentionnent avec certitude le Viognier datent de la fin du 18ème siècle, lorsque Faujas de Saint-Fond décrira avec précision dans ses écrits les cépages qui composent les vins du Rhône septentrional (1781 – l’Histoire Naturelle de la Province du Dauphiné).

Son origine rhodanienne ou alpine bien plus récente est nettement donc plus crédible. Son parentage, déterminé par l’Université de Davis, prouve en effet sa relation génétique avec la Mondeuse Blanche mais aussi avec le Freisa (parent du Nebbiolo), deux cépages enfants des Alpes françaises et italiennes.

Il semble néanmoins établi au vue des nombreux textes qui suivirent, que le potentiel de séduction et de distinction aromatique de notre cépage ait vite été loué et reconnu.

 

Pourtant si notre Viognier a réussi à se faire une place au soleil dès le 18ème siècle, l’histoire récente lui a réservé un traitement moins clément, notamment au milieu du 20ème siècle.

Si les chiffres exacts sont encore discutés – certains parlent de 6 hectares d’autres de 14 – une chose est sûre le Viognier était une variété en voie de disparition dans années 1960s. Comment expliquer la lumière puis l’ombre, cette période de désuétude pour notre joli Viognier qui n’avais certainement pas mérité cela ? Il est toujours difficile de répondre avec précision, tant les tendances d’un marché sont parfois difficiles à cerner. Nous allons néanmoins essayer de trouver quelques éléments d’explication.

 

Tout d’abord, il faut rappeler que si la qualité des grands vins blancs Rhodaniens est aujourd’hui reconnue, les vins rouges ont pendant longtemps apporté plus de garanties commerciales. Les anciens racontent souvent que l’utilisation de raisin blanc en assemblage avec la Syrah en Rhône septentrional fut avant tout, au départ, une réponse aux faibles débouchés commerciaux des vins blancs. Qui plus est, si les rouges arrivaient à se vendre, la viticulture n’était pas non plus, à l’époque, dans la région, un gage de prospérité tant et si bien que la polyculture était généralement de mise. Cela semble bien loin maintenant, pourtant il y a seulement quelques décennies la pêche et l’abricot nourrissaient tout autant que le raisin fermenté. L’internationalisation des cépages et plus globalement de la production viticole n’était aussi qu’à ses balbutiements.

Pour finir, le Viognier c’est aussi certaines caractéristiques ampélographiques qui ajoutent au défi du viticulteur, tel le débourrement précoce et donc une susceptibilité accrue aux problèmes de gels de printemps, des premiers yeux peu fructifères, ou encore une sensibilité particulière à la coulure et à l’oïdium pour des rendements donc très irréguliers et souvent particulièrement faibles.

dgts du gel sur les vignes

Quand les coteaux sont déjà particulièrement escarpés, cette nature capricieuse du Viognier peut créer la frustration.

 

Fort heureusement pour la diversité ampélographique et la variété des styles de vins, pour l’histoire et pour nos palais, les arômes de violette, de fleur d’oranger et d’abricot brillent aujourd’hui de tous leurs feux, dans nos verres de Condrieu mais aussi à travers d’autres expressions de Viognier dans d’autres vignobles. Grâce à quelques brillants résistants du Viognier, Georges Vernay en tête bientôt suivi par Louisa Rose, Charles Back ou encore Neil McCallum pour n’en citer que quelques uns, le cépage a su relever la tête. Fort de 11 400 hectares plantés dans le monde (Kym Anderson 2013 – Which Winegrape Varieties are Grown Where?), ce qui ne le place soit dit en passant qu’au 61 rang mondiale en surface plantée, le Viognier a survécu et a retrouvé la lumière. Malgré le défi qu’il peut représenter en viticulture, le cépage est aujourd’hui redevenu une fierté pour de nombreux producteurs et un plaisir pour autant de consommateurs. Alléluia, vive Viognier et sa renaissance, pour que perdure la différence gustative.