Notre société moderne, tend à être plus paritaire, mais reste néanmoins souvent bien misogyne. Le monde du vin est loin de faire exception à la règle. Si les choses changent il reste beaucoup de travail. Cette période où les successions de domaines viticoles ne concernaient que les hommes n’est pas si éloignée. Cette vision du monde quelque peu archaïque, où l’homme doit s’acquitter des tâches physiques en priorité reste parfois de mise dans un milieu rurale et agricole et dans une société qui cherche encore à se débarrasser de ses vieux démons. Pourtant les hommes du vin, ceux qui pensent et qui produisent, qui vendent et qui expliquent feraient bien de reconsidérer les choses si cela n’est pas déjà fait.

 

Le vin serait une histoire d’homme ? Il plairait avant tout aux hommes, qui seraient qui plus est destinés à arpenter les coteaux et vignobles avec un avantage physique certain. Il est loin le temps du chevalier parti en croisade et revenu planter la vigne sur les pentes escarpées de notre Rhône granitique, le temps de ces empereurs gourmets, de ces poètes inspirés par notre Vitis Vinifera, de ces classements que seuls des hommes ont écrit dans le marbre, de ces moines vignerons et même peut être de ces critiques à la plume acerbe et à la barbe saillante.

 

S’il y a encore peu de place dans l’histoire millénaire de notre beau nectar pour le sexe féminin – exception faite d’Aliénor d’Aquitaine ou encore de Barbe-Nicole Ponsardin – le monde change fort heureusement et les femmes sont entrain de reprendre cette place qui les attendait. Une place forte qu’elles occupaient peut-être, soit dit en passant, mais en chuchotant puisqu’elles n’avaient que très rarement le droit à la parole et à la lumière.

La liste des femmes aujourd’hui à la tête de domaines viticoles reconnus est en effet de plus en plus longue et ce aux quatre coins du monde, telles les Lalou Bize Leroy, Christine Vernay, Mélanie Tesseron, Louisa Rose ou Susana Balbo.

Et si la filière viticole est encore numériquement dominée par la gente masculine, la moitié des œnologues diplômés en France au cours des 10 dernières années sont des femmes.

Une présence féminine également de plus en plus importante dans toutes les formations qualifiantes de la filière, je peux témoigner tant entant qu’ancien étudiant qu’en tant que professeur, et c’est fort aise.

De la même manière, bon nombre de femmes sont venues rejoindre les rangs des critiques les plus influents, des auteurs et des journalistes serviteurs du bon vin, Jancis Robinson en tête. Ses purple pages, sont aujourd’hui le blog consacré au vin le plus suivi (avec plus de 200 000 followers) tandis que ses ouvrages sont des références pour tout amateur de vin qui se respecte.

Sarah Morphew Steven MW a aussi montré la voie dans les instances du vin les plus respectées devenant la première femme présidente de l’Institut des Masters of Wine dans les années 1970s bientôt suivie par Lynn Sherriff MW ou encore par l’actuelle présidente Sarah Jane Evans MW.

beautiful woman with big black gun, vector

 

Tout semble donc formidable dans ce monde moderne me direz vous, si ce glorieux constat est vrai et si les femmes sont maintenant au cœur du débat bachique. Quelques milliers d’années rattrapées en quelques décennies ? Cela serait bien trop simple. Si la réalité du terrain est une chose, faire bouger les visions et les pensées reste une tâche bien plus ardue. Monsieur marketing du vin risque, encore aujourd’hui, de vous fredonner un refrain moqueur pour décrire les goûts et habitudes de consommation de notre femme moderne. Refrain que beaucoup d’hommes susurrent encore également, sans osez peut-être l’assumer au grand air. Prosecco, vins peu alcoolisés, vins très sucrés et vins aromatisés seraient les meilleurs atouts pour séduire nos alter ego féminines comme si elles n’avaient toujours pas le droit de comprendre vite et de s’émanciper, de sortir de la simplicité et de l’industriel pour aller vers la complexité et le plaisir d’un grand flacon. Les femmes auraient besoin de douceur et de légèreté alors que la puissance serait la chasse gardée des mâles. Quelle histoire ! Le goût n’est pas une question de sexe, mais bien une question de sujet, de sensibilité personnelle et pour le vin bien souvent de souvenirs gustatifs.

 

Les chiffres parlent pourtant d’eux même. Dans notre pays de culture viticole où les jolis flacons sont légions, les femmes seraient, selon France Agrimer, responsables de 78% des achats de vin. Elles représenteraient aussi 45% de la consommation globale de vin en France. Soit, mais nous entendons déjà les mauvaises langues nous parler de rosé et de vins à l’intérêt gustatif limité. Un peu de démagogie et de simplification pour préserver ce statut masculin du meilleur serviteur de Bacchus.

Traversons la Manche où d’après une étude diffusée par le Guardian (il y déjà plusieurs années) 8 bouteilles sur 10 seraient également achetées par la gente féminine. Quand on connaît le prix du vin en Angleterre, l’argument du peu qualitatif tiens difficilement. Outre Atlantique, la tendance se confirme (55% des achats), les femmes auraient même une affection toute particulière pour notre jus de raisin fermenté. En effet, alors que les hommes citent en majorité la bière ou les spiritueux comme boisson favorite, notre enfant de la vigne vient en tête pour nos muses américaines.

 

Le marché du vin doit donc entendre ce doux message féminin. Non les femmes ne sont pas uniquement des acheteuses de supermarchés, des ménagères de moins de 50 ans qui choisissent du vin comme on achète de la lessive. Ce sont aussi des amatrices de grand vins, des palais subtils et donc de fait un cœur de cible à comprendre et à considérer. Alors messieurs, saluons ce vent de féminité et levons notre verre à toutes ces muses du vin longtemps oubliées, elles l’ont bien mérité.

 

Our modern society tends to defend the principle of gender equality, but misogyny often remains. The world of wine is far from being an exception. Things are changing but there is still a lot of work to be done. The inheritance of wine estates was only men’s concern not so long ago. Furthermore, it is still hard to fight against the old vision of the world explaining that physical tasks should be performed by men in priority and this is true both in the agricultural field and more broadly speaking in a society trying to get rid of its old demons.

However, the men who deal with wine, those who think, who produce, who sell and explain should reconsider their perspective.

 

Is wine to be men’s private hunting ground? Wine is said to be appreciated above all by men, who are considered to be naturally shaped to walk on the vineyard slopes due to their physical strength? The times of the knight returning from the crusade who planted vines on the steep slopes of our granitic Rhone, the times of the Emperor’s gourmets, of the poets inspired by our Vitis Vinifera, of the wine classifications engraved in stone by men only, of the monk vine growers and even hopefully of the critics with their caustic pen and their generous beard is behind us.

 

If there are only a few lines in the eight-thousand years’ history of our favorite nectar dedicated to the feminine sex – with the exceptions of Alienor d’Aquitaine or of Barbe-Nicole Ponsardin – the world is changing, and women are currently taking their rightful place. A central position that they might have always held, in fact, but in the shadow as they rarely had the right to speak or to be in the light.

 

The list of women now brilliantly running wine estates all over the world is becoming longer and longer: Lalou Bize-Leroy, Christine Vernay, Mélanie Tesseron, Louisa Rose, or Susana Balbo to name only a few.

If the viticultural sector is still numerically dominated by males, half of the graduates in oenology over the past ten years in France are women.  Females are also increasingly present in all wine qualification areas, I can personally testify to it both as an alumnus and now as a teacher, and this is great news.

Similarly, a number of women have joined the circle of the most influential wine critics, of the authors and journalists who vocally express their talent and their opinions, led by Jancis Robinson. Her Purple Pages are nowadays the most successful wine dedicated blog (with more than 200 000 followers) while her books are now references for any genuine wine lover.

Sarah Morphew Steven MW has also led the way in the most prestigious wine institutions when she became the first female chairman of the Institute of Masters of Wine in the 1970s, soon followed by Lynn Sherriff MW or the current chairman Sarah Jane Evans MW.

 

Super woman

 

One could say that everything is perfect in this modern world, if this great picture reflects the reality and if women are now back at the center of the Bacchic debate.

A few thousand years of history erased in a few decades? It would be too simple. If the reality of the field is one thing, changing the visions and the mentalities remains far more challenging. Mister wine marketing is still likely to describe the consumption habits and the wine tastes of the modern women with irony. Many men still whisper the same ironic words but won’t take responsibility.

Prosecco, low alcohol wines, generously sweet wines or flavored wines are said to remain the best allies to seduce our feminine alter ego as if women still had no right to understand quickly, to emancipate themselves, to refuse simplicity and the industrial answer and to opt for more complexity and the pleasure of a great bottle. Women need sweetness and lightness, while power is considered men’s property. What a story! Taste is not a question of sex. It is a matter of personal sensitivity and for wine, often a question of tasting memories.

 

Furthermore, the figures are telling. In France, a historical wine-producing country in which the pleasant bottles are not hard to find, according to France Agrimer, women are responsible for 78% of the wine purchased. They also represent 45% of the total wine consumption.

Ok, but we can already hear the sharp tongues speaking about rosé or wines with no complexity. A bit of sexist simplification to preserve the masculine status of the finest Bacchus lover.

Let’s travel across the Channel now. In the UK, according to a study published in the Guardian (a few years ago already), 8 out of 10 bottles of wine are also be purchased by women. When you take a look at the price of wine in the UK, it is difficult to believe in this “low-quality wine” argument. Across the Atlantic, the trend is confirmed (55% of the wine sold) and women also claim their particular affection for our fermented grape juice. Whilst men prefer beer or spirits, a majority of our American muses declare that wine is their favorite drink.

 

The market must hear this sweet feminine message. Women are not only supermarket consumers and housewives choosing their wine as they would pick a laundry detergent brand. They are also genuine wine lovers, subtle palates, and they represent a core target to be understood and considered. So Gentlemen, let’s salute this wind of femininity and let’s toast to all the wine muses because they deserve it.